La précarité constitue-t-elle, à vos yeux, un sujet préoccupant dans l’Éducation nationale ?

C’est bien sûr un thème qui nous préoccupe et qui fait l’objet d’un travail de notre part. En même temps, la précarité demeure relativement marginale, de manière quantitative. Nous avons, en effet, besoin de recourir à des personnels non titulaires, en particulier pour occuper un certain nombre de postes qui peuvent devenir vacants en cours d’année. Certaines disciplines, notamment dans l’enseignement professionnel, nous imposent également de faire appel à l’expérience de spécialistes qui ne sont pas susceptibles d’intégrer l’Éducation nationale. Mais leur volume reste, en proportion, très faible par rapport au nombre d’enseignants : nous comptons au total 20.000(1) contractuels, dont 15.000 en CDD, rapportés à 850.000 enseignants. Il y a, par ailleurs, une notion assez relative de la précarité : peut-on vraiment considérer qu’elle commence quand on n’est pas fonctionnaire ? Si tel est le cas, il y a beaucoup de précaires en France…

Des enseignants doivent tout de même se déplacer parfois loin de chez eux, sur plusieurs établissements… Vous les considérez donc comme des cas marginaux ?

Non. Ce que je vous dis, c’est que leur volume est marginal. Je n’ignore évidemment pas les situations individuelles. Quand il faut faire face à une absence dans un établissement éloigné, les gens doivent parfois accepter de se déplacer et de répartir leur service sur plusieurs établissements. Je n’élude pas la question pour les personnes concernées.

Les syndicats réclament des épreuves allégées dans les concours internes, afin que les enseignants qui ont déjà prouvé leur compétence dans des classes bénéficient d’une forme de validation des acquis. Cela vous semble-t-il envisageable ?

Ce qui peut l’être, c’est effectivement de travailler à une formule comme celle de la Reconnaissance de l’expérience professionnelle (Rep). Ce dispositif est trop récent dans la Fonction publique pour qu’il y ait une possibilité de mise en œuvre immédiate. Mais nous allons certainement proposer aux organisations syndicales d’engager une réflexion à ce sujet, avec pour horizon la rentrée 2011. Par ailleurs, la notion « d’allégée » ne pourrait s’appliquer qu’à la charge de travail, pas aux épreuves elles-mêmes. L’accès au concours, par une voie ou par une autre, doit en effet conserver la même valeur.

Les opposants à la réforme de la formation craignent qu’elle n’entraîne une augmentation de la précarité. SLU explique même que des personnes qui auront réussi le concours et fait l’année de stage pourront en perdre le bénéfice, parce qu’elles n’auront pas validé le M2 à la session de juin et que celle de septembre n’aura pas été organisée au moment de la rentrée scolaire. Qu’en est-il ?

Ce dernier point a déjà été réglé. Les étudiants qui échoueront aux examens du Master l’année où ils réussissent le concours en garderont le bénéfice et disposeront d’une année supplémentaire pour obtenir leur diplôme. Quant à ceux à qui il resterait des épreuves à passer en septembre, ils prendront leur poste et bénéficieront d’une validation au moment de la titularisation. Pour le reste, la réforme va effectivement augmenter la durée de la formation, mais, à supposer que l’on considère la situation d’étudiant comme précaire, je ne vois pas en quoi la masterisation augmenterait la précarité. Nombre des étudiants qui passaient les concours étaient en effet déjà titulaires d’un Master. Je pense, d’autre part, qu’il faut avoir une vision à un peu plus long terme. Car le fait de miser sur un haut niveau d’éducation et de formation est le propre de tous les pays développés.