Eric Debarbieux : “Il y a une montée probable des violences”

Eric Debarbieux(1) est président-fondateur de l'Observatoire international de la violence scolaire et président du comité scientifique des états généraux de la sécurité à l'école. Il a récemment lancé une enquête nationale sur la victimation des personnels de direction.

Comment est né ce projet d’enquête ?

L’Observatoire International de la Violence à l’Ecole réalise depuis des années des enquêtes sur la victimation des élèves. Nous avions également travaillé sur les personnels, mais d’une manière moins systématique, pour des raisons de faisabilité et de moyens. Nous savons malgré tout, d’après ces enquêtes partielles et les chiffres de l’Education nationale, qu’il y a eu une augmentation de la victimation – autrement dit, des agressions – contre tous les personnels depuis 1998/99. Il y a vraiment une bascule à ce moment-là. Pour établir des tendances, nous avons décidé de commencer une grande enquête sur les personnels de direction du secondaire, avec l’objectif d’élargir progressivement cette enquête aux personnels en général.

Les victimations regroupent toutes les atteintes, physiques ou psychiques, qu’on peut subir dans l’exercice de son métier ?

En théorie. Pour l’enquête, nous avons fait des choix. C’est-à-dire que nous avons laissé de côté un certain nombre de violences extrêmes, qui restent fort heureusement rares ! Nous avons privilégié des choses relativement basiques. Des catégories bien connues de la violence verbale : des types d’insultes qui vont aussi bien de l’antisémitisme à l’homophobie, par exemple. Des atteintes physiques : coups et blessures, bousculades… Mais aussi les menaces, les craintes. Les dommages aux biens : vols, vols dans les véhicules, dégradations, etc. Ainsi que quelques phénomènes particuliers comme le harcèlement, de la part d’élèves comme de collègues. Nous recensons tous les profils d’agresseurs possibles.

Cette enquête est réalisée conjointement avec George Fotinos, auteur de plusieurs enquêtes sur le climat scolaire dans les établissements. Comment se traduit votre collaboration ?

Aujourd’hui, nous cherchons vraiment à étudier le rapport entre victimation et climat scolaire. Des éléments de nos précédentes enquêtes seront utilisés, ce qui nous permettra d’obtenir plus qu’une photo à un moment donné mais bien plutôt d’avoir le film. L’évolution. Confirmer ou infirmer cette augmentation de la victimation des personnels. Je dirais donc que nous joignons nos forces.

Comment allez-vous vous y prendre, concrètement, pour donner la parole aux personnels de direction ?

C’est très simple : nous avons un mailing complet des personnels de direction du secondaire en France. Tous ont reçu un e-mail fin mai(2), comportant une brève présentation de notre démarche, avec une adresse url où ils peuvent répondre directement au questionnaire que nous avons élaboré. Nous ferons des rappels à peu près tous les quinze jours. Cette enquête sera close au plus tard le 14 juillet, de manière à ce que nous puissions sortir des résultats dès le mois de septembre. Notre but est de redistribuer rapidement les éléments principaux à l’ensemble des participants, ainsi qu’à la presse, au ministère…

Avez-vous des attentes par rapport à ces résultats ?

Nous avons des hypothèses. Nous voulons surtout savoir où est-ce que nous en sommes exactement dans la fréquence des victimations. Il y a une montée probable des violences, mais de là à penser que nous sommes dans un phénomène qui est répandu absolument partout, sur lequel on observe une souffrance énorme, de tout le monde… Nous ne voulons être ni dans l’exagération, ni dans la négation. C’est aussi l’occasion de vérifier si des victimations particulières sont associées à des groupes de répondants. Et d’explorer les liens entre la victimation des personnels de direction, et les relations entre les adultes dans les établissements scolaires. Nous savons que ça compte beaucoup : le sentiment de solitude, par exemple, ou encore le stress lié à la vie en équipe, qui peut être un facteur aggravant de la violence à l’école… Nous espérons en tirer des leçons sur le management des établissements. L’idée n’est pas de stigmatiser qui que ce soit ou de faire peser une quelconque responsabilité sur l’école, mais de découvrir où nous en sommes vraiment, plutôt que de fantasmer.

En fonction des résultats, y a-t-il des actions que vous comptez mettre en place ?

Nous comptons déjà mettre en place un certain nombre de préconisations. Nous voulons continuer à mettre en avant les recommandations du conseil scientifique international des récents états généraux de la sécurité à l’école, pour essayer de changer la situation. Nous voulons pousser un petit peu plus les politiques publiques, sur le plan des formations nécessaires, par exemple. C’est pourquoi nous avons prévu des questions sur la qualité de la formation qu’estime avoir reçue le chef d’établissement. Nous allons surtout avoir une action de sensibilisation, en diffusant nos résultats sur le terrain.

Note(s) :
  • (1) Il est également auteur de nombreux livres, dont 'Les 10 commandements contre la violence à l'école', éd. Odile Jacob.
  • (2) Si un personnel de direction du secondaire n’a pas été contacté par mail, il peut joindre l’Observatoire international de la violence à l’école, à l’adresse suivante : obsviolence.international@u-bordeaux2.fr .

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