« La réforme de la formation des enseignants augmentera la précarité »

La masterisation aura des conséquences désastreuses en matière de précarité. C'est, en tout cas, l'avis d'Etienne Boisserie. Le président de « Sauvons l'université » (SLU) redoute de voir apparaître un paysage où les professeurs recrutés par concours et les fonctionnaires pourraient à terme n’être plus qu’une minorité.

En quoi cette réforme ne pourrait-elle qu’accroître la précarité ?

D’abord parce que des étudiants pourront très bien avoir le niveau pour enseigner sans avoir réussi le concours, qui ne garantira que la titularisation. La seule détention d’un Master 2 leur permettra donc de se retrouver dans des classes, mais comme contractuels. C’est ce qu’on appelle les « reçus-collés » : reçus au Master, recalés au concours, ils pourront enseigner, mais ne seront jamais titularisés.

De tels cas existent déjà…

C’est vrai, mais il ne s’agit jusqu’à présent que d’exceptions, rendues nécessaires par des problèmes techniques. Mais ces cas vont devenir la règle ! Du reste, ce n’est évidemment le fait du hasard, puisque l’objectif de cette réforme est, de toute façon, uniquement budgétaire. Tout a été fait dans le seul but de provoquer la disparition de 14.000 équivalents temps plein. Pour gagner des miettes, on est prêt à fragiliser l’ensemble du système, élèves et enseignants.

Vous remettez également en cause la fin du processus. Pourquoi ?

Parce qu’à la fin du stage, le bénéfice du concours peut être perdu, ce qui n’était pas le cas avant. Prenons un exemple : un étudiant a réussi le concours et fait son année de stage alors qu’il n’a pas encore son M2, ce qui sera possible d’après les textes. Au moment de sa titularisation, le 1er septembre, il devra toutefois prouver qu’il possède bien un Master 2. Or l’année universitaire ne se termine que le 30 septembre. Dans un certain nombre de cas, si les textes restent en l’état, des personnes qui auront réussi le concours et fait l’année de stage perdront le bénéfice du concours, parce qu’ils n’auront pas validé le M2 à la session de juin et que la session de septembre n’aura pas encore été organisée. Cette situation est, du reste, en contradiction avec le droit de la Fonction publique et nous amènera sans doute à changer nos modes d’action.

De quelle façon ?

Les manifestations et les analyses n’ont servi à rien. Les comités paritaires se sont fait humilier par un gouvernement qui n’a tenu aucun compte de leurs avis… Dans la mesure où la réforme abat des pans entiers du droit de la Fonction publique et du code de l’Éducation, nous allons donc, avec les syndicats, les sociétés savantes et les autres associations, nous battre sur le terrain juridique et nous tourner vers le Conseil d’État pour qu’il se prononce sur la légalité des textes (1).

Note(s) :
  • (1) L'interview a été réalisée le 1er juin. Le lendemain, la FCPE, Sud-Education et Sauvons l’université ont effectivement déposé six requêtes assorties de demandes de référé-suspension auprès de la plus haute juridiction administrative du pays.

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