Professeur-documentaliste : une fonction pédagogique sous tension

Véritable gestionnaire de ressources, de lieu et de compétences, le métier de professeur-documentaliste s’est construit sous l’influence de ses acteurs comme des enjeux sociétaux. L’arrivée des TIC a placé cet enseignant au cœur de l’éducation aux nouveaux médias et a favorisé sa reconnaissance professionnelle en tant que pédagogue…

« Professeur-documentaliste ? Un métier de paradoxes, qui a évolué avec les enjeux sociétaux et culturels. La profession est née d’un souhait de rénovation des méthodes pédagogiques et s’est construite avec ses acteurs regroupés dans un mouvement associatif dynamique », témoigne Françoise Chapron, ancienne présidente de la FADBEN(1).

Le professeur-documentaliste est aujourd’hui bien loin du bibliothécaire, dont les fonctions consistaient au départ à rassembler le matériel pédagogique pour les professeurs, se limitant à un appui logistique. Véritable chef d’orchestre au sein du Centre d’information et de documentation, le documentaliste a vu sa mission évoluer lorsque les profs ont constaté les lacunes dans les méthodes de recherche de leurs élèves…

« En 1977, nous sommes devenus documentalistes lorsque le problème de la transmission du savoir pédagogique s’est posé ». En 1989, avec la création du Capes de documentation, la profession se dote d’une fonction pédagogique, de missions précises et du statut d’enseignant.

Une identité multiple

« Mes missions sont plurielles et s’articulent autour de 2 pôles : la gestion du système d’information et la formation des élèves à la documentation et à l’information », témoigne Anne Jothy, prof-documentaliste au lycée Louis de Foix (Bayonne). « Une grande partie de mon travail consiste à gérer tous les supports du CDI, et à encadrer des projets et dispositifs de formation comme l’ECJS(2) et les TPE(3). Puis je mène divers partenariats avec les profs, que ce soit en éducation aux médias ou en histoire-géo, français… J’ai avec eux de très bonnes relations ».

Chargé d’animer le CDI dans les collèges et lycées, le prof-documentaliste travaille en collaboration étroite avec le corps enseignant et effectue des recherches documentaires, afin de pluraliser l’offre pédagogique auprès des élèves(4). « Il faut donc aimer travailler en équipe, et faire preuve de curiosité ! » Possédant le sens de la communication et de la pédagogie, le prof-documentaliste doit en effet se tenir informé des dernières nouveautés sociales et culturelles pour répondre aux attentes des profs, des élèves et organiser des activités : préparation de sorties, expos, dédicaces de livres… Membre à part entière de l’équipe pédagogique, il participe aussi à l’accueil des nouveaux élèves et professeurs.

Mutation sous l’influence des TIC

« Nos missions ont été modifiées sous l’influence des TIC. Au niveau de la gestion et du travail pédagogique, ces compétences supplémentaires ont contribué à notre reconnaissance auprès des autres enseignants », souligne Françoise Chapron. Passant aisément de Facebook à MSN, les élèves sont plus démunis lorsqu’il s’agit de mener une recherche sur internet, vérifier la validité d’une source… « Nous avons un rôle à jouer afin de leur inculquer un usage raisonné des nouvelles technologies et les aider à développer un esprit critique », confirme Anne Jothy.

Ce problème de l’insuffisante éducation aux médias a été soulevé par un rapport de l’Inspection générale en 2007, envisageant d’officialiser le rôle des documentalistes. « Sur le terrain, certaines dérives persistent : si certains reconnaissent notre rôle de médiateur, de transmetteur de savoirs spécifiques pour une culture de l’information nécessaire, dépassant les compétences instrumentales… d’autres remplissent le CDI comme une permanence ou le confient à des personnels non formés… », regrette Françoise Chapron.

A quand un Master de documentation ?

Les contours de cette éducation aux TIC restent flous et laissent les profs-documentalistes en quête de reconnaissance. Dans la ligne de mire, les enjeux de la réforme actuelle, qui nécessitera de posséder un Master 2 pour passer le Capes de documentation, contre une Licence précédemment. Malgré le travail effectué en IUFM pour ouvrir un Master en documentation adapté aux contraintes de ce métier, aucun n’a encore vu le jour…

Note(s) :
  • (1) http://www.fadben.asso.fr - FADBEN : Fédération des enseignants documentalistes de l’Éducation nationale
  • (2) ECJS : Éducation civique, juridique et sociale
  • (3) TPE : Travaux personnels encadrés
  • (4) Ressources professionnelles pour les professeurs-documentalistes : Savoirs CDI et e-profs Docs

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1 commentaire sur "Professeur-documentaliste : une fonction pédagogique sous tension"

  1. Issac Perlls  2 octobre 2010 à 17 h 29 min

    Si l’ensemble de l’article est très juste, et illustre bien la double fonction des professeurs documentalistes, le dernier paragraphe n’est pas complètement vrai. En effet, la Sorbonne a confié dernièrement au CELSA la création d’un master pour former à ce CAPES. Pour preuve: http://www.celsa.fr/formation-initiale-professeur-documentaliste.php .
    CordialementSignaler un abus

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