« A la fin de mes études de droit, je travaillais dans un cabinet d’avocats quand la Cour suprême américaine prit une décision affligeante. Elle confirma la condamnation à mort de Robert Swain, un jeune homme noir accusé du viol d’une femme blanche. La sentence avait été prononcée par un jury entièrement composé de blancs, dans un comté de l’Alabama où 25 % de la population était noire. Ce jour-là, j’ai choisi de me battre pour la justice, plutôt que pour l’argent ». Nous sommes en 1965. L’université américaine vient de gagner l’un de ses plus brillants enseignants.

Un avant-goût de Watergate

En même temps qu’il dispense ses premiers cours, Charles Nesson intègre le service des droits civiques au ministère américain de la Justice. Toujours au nom de ses convictions, il participe, entre 1971 et 1972, à la défense de Daniel Ellsberg, poursuivi par l’administration Nixon pour avoir fourni au New York Times puis au Washington Post quelque 7.000 pages de documents top secret. Les « Pentagone papers » décrivaient le processus décisionnel du gouvernement pendant la Guerre du Vietnam. « Cette défense s’est échelonnée sur plusieurs années, et m’a aidé à comprendre ce dont l’État était capable quand il mettait en route la machine fédérale ». Une machine qui ordonne notamment à de faux plombiers de cambrioler le bureau du psychiatre de Daniel Ellsberg. Ces mêmes plombiers seront ensuite surpris dans un immeuble plus célèbre, le Watergate…

Full aux as par le droit

Tout en traversant un demi-siècle des plus grands procès outre-Atlantique, Charles Nesson enseigne depuis 1966 à Harvard, dans l’une des facultés de droit les plus réputées au monde, comptant un certain Barack Obama, et son épouse Michelle, parmi ses anciens élèves.

Passionné d’informatique depuis les années 80, il y fonde le très prestigieux « Berkman Center for Internet and Society », spécialisé dans l’étude juridique du cyberespace. « Je suis fasciné par la façon dont les réseaux de communication informatique sont partis de rien, pour connaître une croissance exponentielle, qui n’est pas à la veille de s’arrêter ! » Toujours prêt à s’opposer aux pots de fer, il défend, avec ses étudiants, Joel Tenenbaum, jeune homme poursuivi par quatre maisons de disques et condamné l’an dernier à 675.000 dollars d’amende pour avoir partagé 30 morceaux de musique sur un site de téléchargement.

De manière plus surprenante, sa deuxième passion trouve également place dans les cours de Charles Nesson, fondateur du « Groupe de réflexion sur la stratégie globale au poker ». « L’un de mes cours est consacré aux preuves, à la façon dont la vérité est démontrée dans les tribunaux. Or, le poker est un excellent moyen d’enseigner la stratégie ».

Cartes en mains, le juriste apprend donc à ses élèves comment envisager leur situation avec le regard d’un tiers, pour mieux élaborer les tactiques qui permettront de résoudre les conflits. « Je veux légitimer le poker comme outil d’éducation ». Mais, là encore, ce n’est pas une affaire d’argent.