Rencontre : « Construire l’autorité : comment se faire entendre ? »

Mercredi 19 mai se déroulait à l’UTT de Troyes une rencontre intitulée « Construire l’autorité : comment se faire entendre ? », organisée par l’IUFM Champagne-Ardenne*. Elle fut l’occasion d’un riche débat entre Pierre Villepreux, Patrick Delaroche et Karine Saporta.

Comment l’autorité se construit-elle ? Une question qui intéresse au plus haut point les enseignants. Pour tenter de répondre à cette question, la rencontre organisée à l’UTT (Université de technologie de Troyes) a permis d’entendre des points de vue un peu inhabituels. Un sportif, une chorégraphe et un pédopsychiatre étaient en effet conviés pour débattre de cette question, au travers de leur expérience, sous la houlette de Géraldine Rabier, journaliste spécialisée en éducation. Pour Pierre Villepreux, un des plus grands rugbymen du monde, ancien entraîneur du Stade Toulousain et de l’équipe de France, agrégé d’EPS, aujourd’hui à la tête de la Direction technique nationale et conseiller de l’International rugby board, l’autorité se construit par la représentation de l’activité qu’on propose. Si l’activité est ludique, mais en même temps basée sur des règles très précises, alors les jeunes la réalisent avec sérieux et plaisir. Pour Karine Saporta, danseuse et chorégraphe mondialement connue, à la tête du Dansoir, la construction de l’autorité passe par une certaine façon d’appréhender le regard de l’autre, auquel il ne faut pas être suspendu. Il ne faut pas avoir peur de ne pas faire l’unanimité, oser assumer ses choix et montrer que l’on peut être ferme sans être malheureux. Patrick Delaroche, pédopsychiatre et psychanalyste, responsable de l’unité de psychodrame individuel à l’hôpital de la Salpêtrière, explique de son côté combien le recours au psychodrame** peut être précieux pour lutter contre la violence scolaire et les problèmes d’autorité.
Il a donné aussi une définition importante : l’autorité, c’est la possibilité d’agir sur l’autre sans que celui-ci ne réagisse, alors qu’il pourrait le faire. La personne est en droit de refuser, mais elle ne le fait pas. C’est donc tout le contraire de la force et de l’autoritarisme.

Construire une autorité de groupe

Le débat a conduit aussi à souligner que l’autorité de l’enseignant est avant tout de fait : elle est institutionnelle. Or aujourd’hui, cette autorité ne s’impose plus d’elle-même. Il faut donc en construire une autre : une autorité de groupe. Celle-ci ne s’impose pas d’emblée, elle se construit peu à peu et elle vient après le savoir. Karine Saporta remarque ensuite que construire l’autorité est assez facile quand on est face à des gens qui ont choisi d’être là, comme c’est le cas dans la troupe de danse ou dans l’équipe de rugby. La situation est bien plus difficile pour l’enseignant. Alors quelle pistes lui proposer ? Il faut réussir à créer une motivation : Pierre Villepreux raconte qu’à l’école, il était un cancre en anglais. Cette matière ne l’intéressait pas du tout. Puis un jour, il s’est rendu compte que pour voyager, il était indispensable de parler l’anglais. Passionné de voyages, il a donc appris par lui-même, et il parle aujourd’hui couramment la langue. Parce qu’il a eu une motivation que ses professeurs n’ont pas su créer. Il a proposé aussi de fixer des objectifs atteignables par les élèves : il ne sert à rien de les décourager. Karine Saporta a proposé de travailler le rapport à l’espace de l’enseignant : la façon d’arriver en classe, la posture, peuvent jouer énormément sur la façon dont on est perçu. Patrick Delaroche a insisté sur la sanction : elle doit absolument être réparatrice. Et l’enseignant ne doit pas confondre savoir et réussite : l’élève a le droit au savoir et ne doit pas être jugé uniquement dans un rapport à la réussite scolaire et aux bonnes notes. Dans une société où l’autorité est décriée, voire vue comme injuste ou sadique, il est plus que jamais indispensable de la faire reposer sur le savoir. Et la justice. Le dialogue s’impose aussi pour gérer les conflits, avec les élèves et avec les parents. Il est un des meilleurs outils pour construire et conserver son autorité sur un groupe.
En conclusion, le directeur de l’IUFM Champagne-Ardenne a réaffirmé l’importance de l’autorité sur le groupe, l’autorité de fait ayant disparu pour l’enseignant. Pour la construire, plusieurs éléments sont nécessaires : croire en sa force, présenter son projet pédagogique de façon convaincante, fixer des objectifs raisonnables, prendre le temps du dialogue. Et dans une société où l’autorité est si malmenée, l’enseignant ne peut plus l’incarner à lui seul. D’où la nécessite absolue d’un travail d’équipe.


*Inscrite dans le cadre des Rencontres enseignement et contexte culturel, conçues par Milan Presse, la Ligue de l’enseignement, avec le soutien entre autres de la CASDEN

**dans le psychodrame, le patient joue un rôle proche de la situation qu’il vit. Un enseignant qui a des difficultés avec ses élèves va par exemple jouer le rôle de l’élève. A l’inverse, un élève agressif avec son enseignant, va jouer le rôle de son professeur etc.

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