La précarité dans le secondaire

CDD, maîtres auxiliaires, demi-postes… en collège et en lycée aussi, les formes de recours au travail précaire pour les enseignants se développent. A tel point que le Snes, principal syndicat du secondaire, a créé une section « non-titulaires ». Brigitte Gély en est responsable sur l’académie de Montpellier.

A combien estimez-vous le nombre d’enseignants en situation de précarité dans votre académie ?

L’une de nos difficultés consiste précisément à obtenir des chiffres exacts. Le dernier bilan dont je dispose date du premier trimestre de l’année scolaire en cours. Un mois et demi après la rentrée, on comptait déjà 550 enseignants en CDD, et nous devons maintenant nous situer entre 900 et 1000, pour un nombre total de 13.000 enseignants dans l’académie*. Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que leur nombre augmente, en même temps que la précarité de leur situation. Cela risque d’ailleurs de s’aggraver l’année prochaine, puisque l’académie doit recevoir un renfort conséquent en TZR (titulaires sur zones de remplacement), ce qui poussera autant d’enseignants précaires vers le chômage.

Concrètement, quelles sont les conséquences de cette précarité ?

Elles sont nombreuses. Ces enseignants sont moins bien payés pendant l’année scolaire, 1200 € nets de salaire mensuel de base, et certains ne le sont carrément pas pendant les congés d’été puisqu’ils n’obtiennent que des successions de contrats courts, fréquemment interrompues pour éviter de devoir les titulariser. Ils sont souvent affectés dans des établissements difficiles et isolés, sans percevoir la moindre indemnité. Pour compenser, ils effectuent souvent des heures supplémentaires, travaillent dans plusieurs établissements simultanément, ou donnent des cours de maths alors qu’ils sont diplômés en physique… Je peux vous citer l’exemple d’une enseignante de 63 ans, qui enchaîne petit contrat sur petit contrat depuis plus de vingt ans, pour gagner 600 euros par mois !

Comment en est-on arrivé là ?

Il y a une vingtaine d’années, certains choisissaient de ne pas se faire titulariser pour pouvoir changer plus facilement d’affectation et garder davantage de liberté. Mais cette époque est révolue. Aujourd’hui, la principale raison de cette situation tient dans la diminution des effectifs et du nombre de postes mis en concours chaque année. L’Éducation nationale est le premier budget de l’État. C’est donc chez nous que l’on réalise en priorité des économies. Tout en affirmant que l’éducation est une priorité, on la brade. Car le besoin en enseignants, lui, ne baisse pas. Les candidats qui ont échoué de peu se retrouvent donc devant des classes, mais en situation précaire.

Que réclamez-vous ?

Nous demandons un aménagement des concours internes. Les épreuves doivent être allégées, pour que l’expérience des enseignants en situation de précarité soit prise en compte et qu’ils puissent bénéficier d’une forme de validation de leurs acquis. Il faut qu’ils obtiennent un statut.

Propos recueillis par Patrick Lallemant

*A l’échelon national, dans sa dernière note annuelle sur le personnel du secteur scolaire publiée en février dernier, le ministère chiffrait à 16.257, pour un total de 393.860 enseignants, le nombre de non-titulaires dans l’enseignement public du second degré.

Quel peut-être l’impact de la réforme de la formation sur la situation des enseignants précaires ?

Paradoxalement, elle aura au moins un effet positif pour les enseignants non-titulaires et permettra une meilleure prise en compte de leurs titres. Souvent diplômés à Bac+7, ils sont en effet recrutés comme s’ils n’avaient qu’une licence. Mais, encore une fois, plus que la réforme, ce qui compte, c’est le nombre de postes aux concours.

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