Quels souvenirs gardez-vous de vos années d’enseignant ?

J’ai enseigné dans le primaire, puis dans le secondaire et dans le supérieur, et je repense souvent à cette période. Le premier souvenir qui m’en revienne, c’est l’émerveillement des gosses, leur soif d’apprendre et leur motivation quand on parvenait à donner une âme à la classe. Je n’ai pas gardé de contact avec mes collègues de l’époque, car ma vie a complètement changé et j’ai beaucoup déménagé. En revanche, je continue de suivre l’actualité de l’éducation avec beaucoup d’attention et d’intérêt.

Que vous inspire-t-elle ?

Je pense que le métier d’enseignant est plus difficile à exercer aujourd’hui qu’à mon époque, tout comme le métier d’entraîneur, d’ailleurs. Le rapport à l’autorité n’est plus du tout le même, elle n’est plus acceptée en tant que telle. Nous sommes d’autre part en pleine « zapping génération » et les facultés de concentration ont baissé. Par ailleurs, même si je ne suis pas sûr que la violence ait véritablement augmenté, je pense que les rapports sont plus tendus. Mais en même temps les élèves sont plus vifs d’esprit, ils sont au courant de beaucoup plus de choses et ils s’investissent davantage lorsque l’on parvient à les faire adhérer à un projet.

L’Éducation nationale a la réputation d’être impossible à réformer. Est-ce votre avis maintenant que vous l’observez d’un œil extérieur ?

Pas du tout, je trouve au contraire qu’elle a beaucoup évolué depuis que je l’ai quittée ! Simplement, c’est un univers qui préfère les évolutions aux révolutions. Elle a en particulier dû s’adapter aux changements de la société et à l’apparition des nouvelles technologies de la communication. Le rôle et la place de l’enseignant ne sont plus les mêmes : il n’est plus seul à détenir le savoir, les élèves peuvent aller chercher les connaissances ailleurs. Le professeur est donc devenu, à mes yeux, un guide, un accompagnateur, plus qu’un docte. Assumer cette situation nouvelle demande du courage et même une forme de bravoure.

Votre expérience d’enseignant vous a-t-elle été utile dans le football ?

Elle m’a sans doute aidé dans le domaine de la méthodologie. Certaines des petites « ficelles » que j’utilisais en classe pour essayer de captiver mes élèves, et que je ne vous révèlerai pas, m’ont également servi dans le football. Mais j’aurai plutôt tendance à dire que l’apport s’effectuait plus encore en sens inverse : à l’époque où je menais les deux activités de front, je me servais souvent en classe de ce que j’apprenais sur les terrains.

À ce propos, justement, que pensez-vous de la place du sport à l’école ?

Qu’il n’y en a pas assez ! Pour moi, il en faudrait une heure par jour, ou trois fois deux heures par semaine. Car les vertus du sport vont bien au-delà de ses seuls effets bénéfiques pour la santé. Sur le plan éducatif, en termes de socialisation, de respect de la règle, de travail en équipe… c’est un outil exceptionnel. On apprend beaucoup par le sport : sur soi-même, sur les autres… Comme l’a écrit Camus, « ce que je sais de plus sûr à propos de la moralité et des obligations des hommes, c’est au sport que je le dois ».

Propos recueillis par Patrick Lallemant