Education pour tous : le bilan des dix ans

Chaque année depuis 2002, le Rapport de suivi sur l'Education pour tous rappelle les avancées et les manques constatés, par rapport aux six objectifs fixés lors du Forum mondial sur l’éducation de 2000, à Dakar (Sénégal). Pour sa 8ème édition, la thématique mise en avant est la marginalisation dans l'éducation.

Aux deux-tiers de l’échéance des objectifs de Dakar, la présentation du 8ème rapport annuel de suivi sur l’Education pour tous, jeudi 1er avril au siège parisien de l’UNESCO, en partenariat avec Solidarité Laïque, s’est placée à contre-courant de beaucoup de discours officiels.

Un bilan plus que mitigé

Le rapport est sans ambiguïté : si des progrès ont bien été réalisés, les objectifs fixés à Dakar ne seront pas atteints d’ici 2015. Quelque 72 millions d’enfants dans le monde ne sont pas scolarisés; ils devraient encore être 56 millions dans cinq ans. Les femmes ont moins facilement accès à l’éducation que les hommes, et représentent deux tiers des 759 millions d’analphabètes au niveau mondial. La malnutrition touche environ 178 millions d’enfants chaque année, compromettant leur bon développement cognitif. Il existe des exemples isolés de réussite remarquable : au Tchad, le taux d’alphabétisation des adultes a ainsi pratiquement triplé en une vingtaine d’années tandis qu’au Bénin, le taux net de scolarisation est passé de 41% à 80% entre 1991 et 2007 ! Mais l’Afrique subsaharienne dans son ensemble demeure la région la plus problématique au niveau de l’éducation. Par ailleurs, de nombreux pays utilisent le contexte actuel de crise économique pour revoir leurs ambitions éducatives à la baisse. « Nous sommes en train d’intérioriser le discours qui dit qu’avec la crise, il n’y aurait plus d’argent pour la santé ou l’éducation, » commente Roland Biache, Délégué général de Solidarité Laïque. « Ce discours masque une volonté politique de privatisation ou de libéralisation de ces secteurs. »

Une discrimination officieuse

L’inaction de certains Etats face aux inégalités de revenu et aux différences de sexe, de langue, d’origine ethnique ou encore de lieu de résidence, fait stagner le taux de scolarisation. Si la discrimination est aujourd’hui illégale dans la plupart des pays, il s’avère difficile de faire évoluer les mentalités aussi vite que les lois. En Europe, ce sont surtout les Roms qui font toujours l’objet d’une discrimination officieuse. Jusqu’en France, où le collectif Romeurope 94 estime qu’entre 6 000 et 7 000 enfants de migrants ne seraient pas scolarisés. Or, contrairement aux idées reçues, leurs familles en sont généralement demandeuses. Mais les expulsions policières régulières, les refus de certains élus, ou encore la domiciliation exigée (illégalement) par certaines communes pour la scolarisation, ne facilitent pas leur intégration. Moins de 25% d’entre eux atteignent le niveau secondaire.

Le problème du décrochage scolaire

Comme le rappelle Nicole Bella, spécialiste de programme au rapport EPT, « l’accès au primaire n’est qu’une première étape. Il faut éviter l’abandon des études. » Or dans toute l’Union Européenne, 15% des jeunes de 18 à 24 ans quittent l’école en n’ayant suivi que le premier cycle du secondaire. En France, entre 120 000 et 160 000 jeunes sortent chaque année du système éducatif sans le moindre diplôme. Philippe Taburet, professeur au lycée parisien Lazare Ponticelli, rappelle que « l’Île-de-France est l’une des régions qui fabriquent le moins de diplômés ». Il souligne que les décrocheurs déclarent tous avoir « quitté » l’école et non l’avoir « abandonnée ». Mais les dispositifs de deuxième chance, pour les élèves qui quittent l’école vers l’âge de 16 ans, sont peu nombreux. Laissés pour compte, ils se retrouvent en quelques mois dans une situation d’exclusion sociale et perdent peu à peu l’estime d’eux-mêmes.

Enfants handicapés

La France n’est pas non plus le pays où l’exclusion est la plus forte. La loi du 11 février 2005 sur l’égalité des chances a par exemple réaffirmé l’importance de la scolarisation des enfants en situation de handicap. Les Instituts Educatifs, Thérapeutiques et Pédagogiques (ITEP) existent notamment pour concevoir pour eux des projets d’éducation personnalisés. Tandis que d’après le rapport, sur 150 millions d’enfants handicapés physiques ou mentaux, quatre sur cinq vivent dans des pays en développement, où les déficiences qu’ils présentent entraînent généralement une forte stigmatisation sociale. Les marginalisés constituent donc un groupe multiforme et multiethnique, que les politiques publiques doivent se charger d’analyser au plus vite pour les inclure dans leurs programmes, et ainsi se rapprocher des objectifs de Dakar. Comme l’a rappelé Ban Ki-moon lors d’une présentation du rapport en avant-première à l’ONU en janvier dernier, l’éducation « ne devrait jamais être déterminée par les circonstances ».

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