Luc Chatel : « Les enseignants ne doivent plus se sentir abandonnés dans leurs classes »

Le ministre de l’Éducation vient de présenter le « pacte de carrière » qu’il entend passer avec les enseignants. Revalorisation pour les professeurs débutants, mesures destinées à favoriser la mobilité à la fois dans et hors de l’enseignement, meilleure prise en charge des risques… Dans un entretien exclusif pour VousNousIls, Luc Chatel en explique les principales dispositions.

Un mot d’abord de l’aspect du pacte qui intéresse sans doute le plus les enseignants : la revalorisation salariale. De 157 à 269 euros nets par mois, elle ne sera pas négligeable pour les néo-titulaires…

Elle sera même significative, puisqu’elle dépassera 10% en début de carrière. En période de crise, quelle est l’entreprise qui, aujourd’hui, envoie un signal aussi net à ses jeunes recrues ? Il s’agit donc d’un message fort, qui constitue la contrepartie du non-renouvellement d’un fonctionnaire sur deux. Nous avons par ailleurs souhaité la concentrer en début de carrière, puisque nous demandons aux enseignants de se former une année de plus. Finalement, ces mesures salariales concerneront près d’un professeur sur quatre.

Tous les autres sont donc laissés pour compte ?

Absolument pas. Depuis deux ans, un certain nombre de mesures ont déjà touché l’ensemble des enseignants : prime de 500 € pour ceux qui effectuent au moins deux heures supplémentaires par semaine, prime de 400 € pour les évaluations dans le primaire, mise en place du prêt à taux zéro, revalorisation du montant de la rémunération des copies corrigées pour le bac…

Malgré tout, les syndicats ne cachent pas leur déception…

Quand on défend les intérêts d’une catégorie de salariés, je comprends qu’on en veuille toujours plus. Mais, encore une fois, je n’ai pas souvenir d’une revalorisation aussi importante pour les enseignants depuis très longtemps. Par ailleurs, le nouveau pacte de carrière que je propose contient d’autres mesures, à mon avis tout aussi importantes, qui concernent tous les enseignants.

Évoquons donc d’abord la formation : que proposez-vous ?

Il y avait une vraie carence dans l’Éducation nationale : le Droit individuel à la formation, obligation légale, n’existait pas. À partir de la rentrée prochaine, tous les enseignants qui le souhaitent pourront bénéficier de ce Dif à raison de 20 heures par an, cumulable sur plusieurs années jusqu’à 120 heures, en plus des formations professionnelles et des stages qui existent au sein de l’Éducation nationale. Tout professeur qui aura un projet, quel que soit le domaine, pour élargir son champ de compétences ou pour préparer une future évolution, pourra suivre une formation pendant les vacances scolaires, rémunérée à 50% du salaire horaire.

Vous instaurez également des entretiens destinés à favoriser la mobilité, après deux ans et quinze ans de carrière…

Je pense qu’il faut donner des perspectives aux enseignants. D’abord en interne, car l’immense majorité d’entre eux a envie de faire carrière dans l’Éducation nationale toute sa vie, et c’est très bien. Il faut donc déjà que nous puissions les entendre sur leurs aspirations. Certains professeurs du primaire peuvent, par exemple, souhaiter au bout d’un certain temps enseigner dans le secondaire. Mais on peut aussi avoir envie de faire autre chose et je comprends très bien qu’après 20 ou 25 ans de classe on ait envie d’exercer ailleurs… Nous devons donc être beaucoup plus à l’écoute de nos fonctionnaires, les aider tout au long de leur parcours, et c’est l’objectif de ces entretiens systématiques.

Il y a urgence ?

Il y a une attente. Jusqu’à présent, on ne peut pas dire que l’État soit un bon gestionnaire de ses ressources humaines ! Cela m’a frappé, moi qui viens justement de ce milieu. Les enseignants ont le sentiment qu’on les forme, puis qu’on les abandonne devant les élèves, dans des conditions parfois difficiles, alors que la communauté éducative, parents, société…, leur en demande toujours plus. Il y a donc une volonté de ma part de les accompagner, de faire le point avec eux à plusieurs étapes de leur carrière, de les encourager, de les comprendre et de les valoriser.

Le bilan médical que vous instaurez à 50 ans n’est-il pas dès lors autant moral et psychologique que physique ?

Bien sûr… Mais là encore, dans toutes les entreprises privées, vous passez une visite médicale chaque année. C’est important pour la prévention en matière de santé, mais aussi pour marquer une pause, échanger… Nous allons donc notamment doubler à partir de juin le nombre de médecins de prévention, aujourd’hui totalement absents dans certains départements. Toujours dans le même esprit, à partir de la rentrée, comme dans n’importe quelle entreprise, les comités d’hygiène et de sécurité traiteront aussi des conditions de travail, ce qui n’est pas le cas jusqu’à présent. De matière paritaire, nous allons donc travailler sur la prévention des risques, qu’il s’agisse de l’exposition à l’amiante ou des risques psychosociaux…

Les enseignants vous diront que leurs conditions de travail passent d’abord par une augmentation des moyens humains sur le terrain et une baisse du nombre d’élèves par classe… Que leur répondez-vous ?

Le président de la République a pris un engagement en 2007, celui d’avoir moins de fonctionnaires, mais mieux rémunérés et mieux considérés. Nous le tenons. En même temps, notre politique de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux n’est pas mise en œuvre de façon systématique. Nous l’appliquons avec discernement. J’étais dans l’académie de Nice jeudi dernier. La démographie y augmente. À la rentrée prochaine, cela se traduira donc par une centaine de créations de postes. À la rentrée dernière, nous avons ouvert des classes dans le premier degré parce que le nombre d’élèves augmentait. Donc, oui, nous avons une politique de réduction globale, mais c’est aussi pour pouvoir mieux rémunérer les enseignants, et ce pacte de carrière en est la preuve, à la fois sur son volet financier et sur la partie ressources humaines.

Propos recueillis par Patrick Lallemant

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