Jean-Jacques Hazan : « Il faut maintenant agir concrètement »

Sous la pression des associations de parents d’élèves, Luc Chatel vient d’annoncer un plan pour améliorer le remplacement des enseignants absents. Jean-Jacques Hazan, président de la FCPE se félicite que le problème soit enfin reconnu. Il attend désormais des actes.

Luc Chatel vient de décréter la mobilisation générale contre le non-remplacement des profs absents ?

Nous n’en sommes pour l’heure qu’au stade des déclarations. Il est certes positif que, pour la première fois, le problème soit officiellement admis par un ministre. Mais je ne vais pas non plus m’émerveiller devant une simple reconnaissance du droit ! Il faut désormais que les choses changent concrètement sur le terrain. Il faut s’attaquer dès aujourd’hui à la création de bureaux de gestion des remplacements dans chaque académie, et que l’on procède à une évaluation précise et transparente des absences non remplacées. Car je suis persuadé que le chiffre de 2 millions d’heures qui a été avancé est bien en deçà de la réalité.

Quels délais estimez-vous raisonnables pour voir la situation évoluer ?

Ne rêvons pas, le problème ne sera pas réglé en trois semaines ! Une fois que les besoins auront été estimés précisément, il faudra se fixer des objectifs et convenir d’un plan pluriannuel. En revanche, si l’on veut obtenir les premiers résultats pour la rentrée prochaine, il faut se mettre au travail dès maintenant. Et en attendant de voir les choses commencer à bouger, nous n’allons pas relâcher la pression : le recensement des heures perdues se poursuivra sur notre site et, s’il le faut, nous poursuivrons les dépôts de plaintes et les demandes d’indemnisation. Car, pas plus que nous n’acceptons le délai de carence de quinze jours avant le remplacement d’un prof absent, nous n’accorderons un délai de quinze semaines au ministère après la rentrée !

Que pensez-vous de l’idée de recourir à des retraités ou à des étudiants ?

Même si nous ne sommes pas radicalement opposés au principe, il ne peut en aucun cas constituer une solution pérenne. Ce à quoi il faudra arriver, c’est à recréer des postes qui ont été supprimés. Trois mille postes de remplaçants ont officiellement disparu dans le secondaire, et je prétends qu’il y en a beaucoup plus. Il faudra les rendre, et les remettre là où le besoin s’en fait sentir. Il me semble par ailleurs paradoxal de ne pas remplacer un enseignant sur deux qui part à la retraite, pour demander ensuite aux retraités de revenir travailler !

L’autre dossier important du moment concerne la violence. Que vous inspirent les futurs états généraux de la sécurité à l’école ?

Je préfèrerais que l’on organise des états généraux de la sérénité à l’école ! La personnalité de Eric Debarbieux* devrait cependant permettre d’éviter l’écueil du discours sécuritaire totalement éculé. Nous allons répondre à l’appel à contribution qui nous a été envoyé, pour rappeler qu’il ne s’agit pas d’un phénomène simple, ou simpliste. La violence renvoie par exemple à la charge de travail des élèves et à leur fatigabilité. Ce n’est pas un hasard si les évènements surviennent en nombre en hiver, dans la zone qui est la dernière à partir en vacances. Se pose aussi la question de la justice et de l’injustice, des sanctions différentes pour des faits identiques selon les endroits, de la mixité sociale et du dialogue. Mais là encore, comment faire alors que le nombre d’adultes dans les établissements a connu une chute vertigineuse ? Il y avait dans les établissements scolaires 51.000 personnes hors enseignants voici sept ans. Elles ne sont plus que 28.000 aujourd’hui. Et encore, je ne tiens pas compte de la suppression de 50.000 emplois jeunes.

Vous ne croyez pas à l’efficacité des portiques ou des caméras ?

Je leur préfère le dialogue. De toute façon, les portiques ne fonctionnent qu’avec des êtres humains à proximité, comme vous l’aurez constaté dans les aéroports, les tribunaux ou les commissariats ! Et si vous voulez faire passer mille mômes par un portique, ils vont devoir se lever tôt ! Il faut donc prendre le problème autrement, aller au fond de la discussion sur la vie scolaire, la parole des jeunes et la formation des enseignants. Car tout se tient, et gérer des classes hétérogènes ou des situations de conflit, cela s’apprend. L’ennui est que, dans ce domaine, la réforme en cours, totalement inacceptable à nos yeux, tourne exactement le dos à cela !

Propos recueillis par Patrick Lallemant 


* Ancien instituteur, professeur de sciences de l’éducation, spécialiste de la violence scolaire, Eric Debarbieux a été chargé de présider le conseil scientifique chargé de la préparation des états généraux ainsi que du suivi des décisions qui en résulteront.

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