Damien Seguin, prof et champion olympique

Né sans main gauche il y a une trentaine d’années, Damien Seguin ne s’est jamais laissé freiner par son handicap. Marin, prof de gym, deux fois champion du monde, médaillé d’or et d’argent aux Jeux paralympiques, il entend bien participer à la prochaine Route du rhum.

« En décembre 1990, j’avais 11 ans et je vivais depuis un an en Guadeloupe où mon père avait été muté. J’ai assisté à l’arrivée de la Route du rhum. Quand j’ai vu ces grands multicoques, je me suis lancé dans la voile en me disant que j’aimerais avoir la même carrière que leurs skippers célèbres ». Sans se soucier une seconde de son handicap, Damien se met donc à l’Optimist, le petit bateau d’initiation présent dans toutes les écoles de voile.

Cap sur Athènes

Avec un tel talent qu’il finit par se faire repérer par les instances fédérales. En 1998, il quitte donc la douceur des Antilles et revient, seul, en métropole. Direction le centre d’entraînement de haut niveau du pôle France, à Quiberon. « Je venais d’avoir mon bac, et cela s’est fait rapidement, en deux mois ». Damien Seguin change de vie et se fixe un objectif sportif : participer un jour aux Jeux olympiques. Ce sera Athènes, en 2004, d’où il ramène une médaille d’or.

« La consécration fut d’autant plus belle que paradoxalement, j’éprouvais une réelle appréhension. J’ai beau l’être moi-même et connaître beaucoup de gens handicapés autour de moi, me retrouver dans le village olympique au milieu de 8000 athlètes avec des handicaps différents m’inquiétait un peu. Et ce fut une formidable leçon de vie, au milieu de champions qui étaient passés au-dessus de leurs difficultés quotidiennes pour se sublimer dans le sport. »

Un enseignant comme les autres

Un peu plus tôt, en 2003, Damien Seguin a décroché le Certificat d’aptitude au professorat d’EPS. « A l’origine, je voulais devenir biologiste. Mais je me suis vite rendu compte que j’aurais du mal à combiner cursus universitaire et entraînement de haut niveau. Par ailleurs, le professorat correspondait bien à ce que j’avais envie de faire : transmettre des valeurs, un enthousiasme, épauler des jeunes… »

Un succès d’autant plus important qu’il a dû batailler pour pouvoir se présenter à l’examen. « L’Éducation nationale s’est rendu compte à ce moment-là que je souffrais d’un handicap. Pendant trois mois, j’ai dû m’évertuer à démontrer que je pouvais être un enseignant comme les autres ». Ce qu’il est donc depuis sept ans, sur une affectation à titre provisoire qui lui permet de poursuivre sa vie de champion. « J’assure des vacations de temps en temps. Mais, le plus souvent, j’interviens dans les collèges et les lycées pour parler de ce que je fais, de ce qu’est le sport de haut niveau, pour expliquer aussi ce qu’est la vie avec un handicap ».

Un moment de solitude

Car tout ne se déroule pas toujours comme dans les contes de fées. En février 2005, par exemple, le champion olympique se heurte pour la première fois à la barrière du handicap. Sur cette seule base, et en dépit de son expérience de marin, les organisateurs de la Solitaire du Figaro refusent de l’inscrire à la course. « Ma candidature ne présentait pas toutes les garanties nécessaires pour la pratique de la navigation en solitaire. J’ai très mal vécu ce refus, d’autant qu’il n’a pas été précédé de la moindre discussion ».

Damien Seguin décide alors de s’engager encore plus fortement auprès des personnes handicapées. Il crée une association, « Des pieds et des mains » : « Je voulais notamment aider à prouver que les personnes handicapées sont aussi compétentes que les valides ! Désormais, nous travaillons à ouvrir le sport, et la voile en particulier, aux jeunes handicapés ». L’association a donc acheté des bateaux, qu’elle a spécialement aménagés pour permettre aux personnes handicapées de naviguer avec les autres.

Londres et le Rhum

Depuis Damien Seguin a poursuivi son parcours de champion : deux titres mondiaux, une médaille d’argent à Pékin… Il a même pu courir le Figaro en 2006. Lui restent pourtant deux rêves : reconquérir l’or olympique, à Londres, dans deux ans, et être le premier handicapé au départ de la route du Rhum, le 31 octobre prochain, à Saint-Malo. « Cela me permettra de boucler la boucle, puisque tout est parti de là. Il n’y a désormais plus de problème avec les organisateurs de courses au large. J’ai les qualifications sportives pour y participer. Mais je dois encore trouver 200.000 euros pour boucler mon budget ! »

Patrick Lallemant

Damien Seguin en cinq dates

1990 : assiste à l’arrivée de la Route du rhum
1998 : rentre en métropole pour intégrer le pôle France
2003 : obtient le Capeps
2004 : devient champion olympique à Athènes
2005 : crée l’association « Des pieds et des mains »

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