Michel Cymès : «L’école pourrait inculquer davantage de bonnes habitudes»

Médecin spécialiste chirurgien dans un hôpital parisien, créateur et présentateur du Journal de la santé et d’émissions médicales sur France Télévision, Michel Cymès porte un regard sans concession sur l’Éducation nationale. Il estime notamment qu’elle pourrait, et devrait, faire plus en matière de prévention.

Quels souvenirs gardez-vous de vos années d’études ?

Ils sont plutôt douloureux. Je n’ai jamais été un très bon élève et ma scolarité s’est déroulée dans la souffrance, sans plaisir : rien n’était facile, j’avais du mal en maths, j’ai redoublé ma sixième et raté mon bac D la première fois que je l’ai passé ! Cet échec m’avait d’ailleurs véritablement traumatisé : j’étais le premier de ma famille à aller jusque-là, et je m’en suis voulu. Cela dit, ce redoublement m’a aussi permis de me constituer le bagage grâce auquel j’ai pu ensuite mener avec succès 12 ans d’études de médecine. Mon parcours rassure d’ailleurs souvent les gens qui éprouvent des difficultés avec leurs adolescents !

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur les enseignants ?

Il passe surtout par mon fils aîné, qui est en 5ème. Je suis extrêmement choqué par le nombre de profs absents. Il ne se passe pas un mois sans qu’un enseignant soit absent une semaine, quinze jours… Je ne mets pas leur conscience professionnelle en cause. Simplement, je ne comprends pas comment on peut en arriver à cette situation. Pour le reste, je ne porte pas de jugement global. Certains profs feraient sans doute mieux de changer de métier. D’autres mériteraient des médailles ! Pour conclure sur le sujet, je me demande quand même aussi pourquoi l’école est si difficile à réformer. Si je devais n’avoir qu’une image de l’Éducation nationale, ce serait celle de l’immobilisme !

Je ne m’adresse plus au père, mais au médecin : quelle est la première mesure que vous souhaiteriez voir prendre ?

J’aimerais que tous les jeunes qui quittent le système scolaire, ou en tout cas ceux qui vont jusqu’au lycée et au baccalauréat, connaissent les gestes qui sauvent : savoir ce qu’il faut faire, qui appeler si une personne de votre entourage a un malaise, apprendre à utiliser un défibrillateur… Cela n’est pas compliqué et ne demande pas des dizaines d’heures de cours. Mais si on ne commence pas maintenant, on continuera à être en retard par rapport à nos voisins. Et, surtout, on laissera survenir des drames qui pourraient être facilement évités.

D’une manière générale, trouvez-vous l’école suffisamment impliquée dans la prévention ?

Sûrement pas. Il suffit déjà, pour s’en convaincre, de regarder le peu d’activités sportives que peuvent avoir collégiens et lycéens. Ce serait pourtant la première des bonnes habitudes à leur inculquer. La prévention des comportements à risques – drogue, alcool, tabac – et la diététique ne sont également que trop brièvement abordées dans les cours de SVT. Je trouve dommage qu’il n’y ait pas davantage d’information à ce sujet. Je regrette enfin, et peut-être surtout, la trop faible place accordée à l’éducation sexuelle. C’est insensé ! Il faudrait y consacrer, pendant toute la scolarité, beaucoup, beaucoup plus de cours.

Pourquoi est-ce si important ?

Pour que l’on ait moins de tournantes, de contaminations par les MST, de grossesses d’adolescentes… A chaque fois que nous consacrons une émission à la sexualité des ados, les mêmes questions reviennent : on m’a dit que l’on ne pouvait pas tomber enceinte au premier rapport, est-ce vrai ? C’est comme ça que des milliers de gamines tombent enceintes chaque année ! Pour en finir avec ces croyances, il faudrait que les jeunes qui n’osent ou ne peuvent pas le faire n’aient même plus besoin de poser des questions à leurs parents. La sexualité devrait être expliquée dès le primaire aux enfants, avec leurs mots.

Propos recueillis par Patrick Lallemant

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2 commentaires sur "Michel Cymès : «L’école pourrait inculquer davantage de bonnes habitudes»"

  1. maïe  20 août 2010 à 17 h 15 min

    pour apporter mon expérience : j’ai été enseignante d’économie familiale et sociale pendant 15 ans en lycée pro: des CCPN, CAP, BEP aux classes de bac techno de l’époque, Tt ce que M. Cymes évoque y était enseigné. Réformes successives, disparition de la matière, reconversion : maintenant j’enseigne les maths ! peut-être que résoudre une équation du second degré est plus utile ???Signaler un abus

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  2. bobdan  20 août 2010 à 23 h 31 min

    Article pertinent, comme souvent avec M. Cymès. Pas de stigmatisation des enseignants mais une saine réflexion. 100% d’accord avec les gestes qui sauvent et l’éducation sexuelle : en tant qu’infirmier je fais la même constatation depuis des années. Encadrer l’éducation sexuelle est quand même mieux que de laisser les ados dans leur ignorance ou qu’il découvre le sexe à travers des films pornos.
    La France, pays des libertés, a encore de sacrés tabous, mais pas sur tout. Le chemin est encore long, on en est toujours à parler de l’égalité entre hommes et femmes, très peu de personnes de « couleurs » à la télé, tout le monde a le même accent (le journal de 20h avec l’accent marseillais doit être sympa), un seul journaliste handicapé dans l’émission de S. Davant..Plus on cache les choses moins on s’habitue à les voir. Moins on parle de sexe, plus il peu y avoir de comortements déviants, des ados enceintes…
    Merci à M. Cymès et Me d’Encausse pour leur superbe émission de santéSignaler un abus

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