L’école mathématique française est la meilleure au monde

Jean-Yves Chemin dirige la Fondation Sciences Mathématiques de Paris(1). La fondation est un pôle de recherche d’excellence, qui attire les plus grands mathématiciens français et étrangers. Elle regroupe aussi le plus grand nombre de mathématiciens au monde. Jean-Yves Chemin nous la présente.

Comment est née l’idée de créer cette fondation ?

Elle remonte à février 2006, à l’initiative du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, qui voulait créer une structure regroupant plusieurs universités et grandes écoles autour d’un réseau de laboratoires de recherche, unis pour mettre en place des programmes originaux. Or les mathématiques à Paris correspondaient parfaitement à ce projet ministériel.

Comment s’est construit ce projet ?

Ce projet a été monté par les directeurs de laboratoires ou de départements en mathématiques et en informatique fondamentale à Paris 6 et Paris 7, ainsi que par le CNRS et l’Ecole Normale Supérieure. Il faut y ajouter la participation du laboratoire Ceremath de Paris 9. La rédaction du projet s’est faite collectivement. En nous regroupant, nous avons pris conscience de l’importance de cette communauté de mathématiciens à Paris. Il faut savoir que Paris est le lieu où se trouve la plus grande concentration de mathématiciens au monde. Plus de 1100 chercheurs y sont présents actuellement, dont 600 permanents. Parmi eux, on compte quatre médailles Fields en activité. Pour donner un autre chiffre significatif : au Congrès mondial des mathématiciens – événement majeur de la discipline, au cours duquel les médailles Fields sont d’ailleurs remises – sur les 12 conférences plénières qui seront données cette année, 3 le seront par des membres de la fondation. Et au Congrès européen de 2008, où 11 prix étaient remis à de jeunes chercheurs (de moins de 35 ans), 3 l’ont été à des jeunes de la fondation.

La France est-elle la championne des maths ?

L’école mathématique française est au top niveau mondial. Sa spécificité par rapport aux Etats-Unis, qui se basent surtout sur des apports extérieurs, est d’être une vraie école nationale. C’est la meilleure au monde.

 Quelle formation est proposée à la fondation ? Des diplômes sont-ils délivrés ?

Nous n’avons pas nos propres enseignements et ne délivrons pas de diplômes. Les programmes de la fondation s’appuient entièrement sur les structures (enseignements, laboratoires, diplômes…) des universités fondatrices et partenaires, et de l’Ecole Normale Supérieure. Lorsque nous soutenons des étudiants, c’est pour qu’ils effectuent leur cursus dans ces établissements. Les chercheurs que nous attirons vont travailler dans ces laboratoires. Il n’est pas question pour nous de faire sortir quoi que ce soit des universités. Au contraire, notre rôle est de favoriser l’activité dans les laboratoires de nos fondateurs.

Vous faites en quelque sorte du recrutement de chercheurs ?

Oui, on peut dire cela. Concrètement, pour recruter les 15 chercheurs post-doc (français et étrangers) par exemple, nous lançons un appel d’offres dans les grandes revues de mathématiques internationales, ainsi que par mail à environ 2000 laboratoires dans le monde, en octobre. Cet appel d’offre est clos le 15 décembre. Suite à cela nous listons environ 150 candidats. Chacun est recommandé par un chercheur membre des laboratoires, ce qui établit d’emblée un filtre. La motivation du chercheur qui va accueillir le post-doc est absolument capitale pour que soit retenue la candidature. Le jury qui finalement choisit les lauréats est composé de quinze personnes, dont huit sont extérieures au réseau de la fondation et, parmi ces huit, trois sont étrangères. Chaque candidat retenu par nous est ensuite embauché par l’université de son laboratoire de rattachement, pour un ou deux ans.

Concrètement, comment travaillez-vous au sein de la fondation ?

Je suis professeur à l’université Pierre et Marie Curie, et j’ai une demi-décharge de service pour exercer ma fonction de directeur de la fondation. Je poursuis parallèlement mes activités de recherche. Il n’est pas facile de tout cumuler. Les deux directeurs adjoints et la directrice du développement sont dans la même situation. Les deux directeurs adjoints et moi-même avons été choisis parce qu’auparavant, nous étions directeurs de fédérations de recherche au sein du CNRS. Nous avions donc déjà l’habitude de travailler sur des structures regroupant plusieurs entités de recherche. L’équipe salariée est petite : elle compte trois personnes pour la gestion administrative et financière et la communication.

A côté du pôle d’excellence scientifique, jouez-vous aussi un rôle par rapport au grand public ?

Oui, nous avons ce rôle. Nous avons participé pour une large part à l’organisation du colloque destiné au grand public Maths à Venir 2009, qui s’est tenu en décembre dernier. Pour les étudiants en fin de licence et en maîtrise, nous organisons Mathématiques en mouvement, une journée de conférences qui a lieu chaque année, et qui est animée par les chercheurs de la fondation. L’objectif est de montrer, lors de courtes interventions, de façon accessible à ces étudiants, ce qui se fait dans le domaine de la recherche. Les intervenants de cette journée sont plutôt de jeunes chercheurs, souvent des thésards, afin de créer une proximité avec les étudiants de licence, et de leur donner envie de poursuivre en recherche mathématique. La Fondation est également présente sur le Salon des Jeux mathématiques à Paris. Nous allons aussi participer à la communication autour de la remise du très prestigieux prix Clay qui se tiendra à Paris au mois de juin. Enfin, nous sommes en contact avec une chaîne de télé pour réaliser un ou des films sur les maths – mais pour l’instant, cette initiative est encore à l’état de projet.

Auriez-vous un message pour les enseignants de mathématiques du secondaire, qui préparent les futurs étudiants ?

Enseigner dans le secondaire est un métier très dur, de plus avec un quota horaire disciplinaire qui ne cesse de diminuer. Les mathématiques ont perdu en horaire l’équivalent d’une année en fin de terminale S par rapport aux anciennes terminales C. (5h30 au lieu de 9h par semaine ndlr). Il serait très positif de faire mieux connaître aux enseignants de lycée l’excellence de la recherche mathématique française. Il faudrait peut-être aussi qu’ils insistent plus sur le fait que les mathématiques sont aujourd’hui omniprésentes dans notre quotidien (imagerie numérique, Internet, jeux vidéo, etc.).

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