Attributions de postes en 2010 : opération de maquillage

La carte de France 2010 des créations et suppressions de postes d’enseignants par académie fait apparaître des chiffres mesurés : 1650 postes attribués dans le premier degré, aucune suppression dans le second1. Analyse des résultats avec Guy Barbier, secrétaire national chargé du secteur administratif du SE-Unsa.

A la lecture de cette carte scolaire, le bilan apparaît raisonnable. Pourquoi dénoncez-vous des « chiffres cachés » ?

Nous souhaitons une opération de démaquillage, car cette présentation cache certaines données. Au niveau du premier degré, 1620 emplois sont répartis entre les académies. Or ces chiffres sont bien en deçà des besoins nécessaires dans l’éducation, et ce, pour 2 raisons. Tout d’abord, dans le contexte de la réforme de la formation des enseignants, 9182 emplois de stagiaires vont disparaître. Or ce stagiaire, présent une journée par semaine, assurait un quart-temps devant les élèves. Ce sont 9182 quarts de postes qui vont être supprimés, soit 2300 équivalents temps plein (ETP). La répartition de 1600 emplois sera donc insuffisante pour accueillir les 5600 élèves supplémentaires prévus. Et encore, le Ministère a divisé les prévisions démographiques avancées par les inspecteurs d’Académie par trois. Il affirme que les prévisions ne sont jamais vérifiées. C’est le résultat des choix qu’il fait sur la scolarisation des deux ans, qui est en baisse constante de 2 %. Or les postes ainsi supprimés en maternelle n’ont pas été replacés ailleurs. Et nous craignons que peu à peu, de moins en moins d’enfants soient scolarisés à 3 ans.

Et dans le second degré ?

La carte paraît neutre. Mais ce redéploiement des postes entre académies est une opération de maquillage. Car à part les académies de Metz, Reims et des Antilles, la progression démographique visible partout ailleurs ne pourra être compensée par un redéploiement. La disparition des professeurs stagiaires qui assuraient un demi-service d’enseignement représente une perte de 4 à 5000 emplois, alors que 17600 élèves supplémentaires sont attendus en 2010 dans les lycées et collèges.

Quelles sont les académies qui seront les plus touchées ?

Les académies qui vont de la Bretagne à la Méditerranée qui n’auront pas suffisamment de moyens, mais aussi celle de Lille avec d’abondantes suppressions de postes alors que la démographie est en progression. Sur le plan des niveaux d’enseignement, l’endroit où l’on souffrira le plus sera le collège, où la progression démographique est la plus forte. C’est déjà l’endroit où la souffrance est la plus grande comme le montre une étude de la MGEN. De plus, non seulement la mastérisation fera disparaître les emplois de stagiaires, mais elle mettra les collèges en grande difficulté. Les professeurs arriveront face aux classes sans y avoir été préparés !

Quels sont les recours et solutions possibles ?

La réponse est d’abord budgétaire : il faut plus de moyens afin d’assurer un meilleur taux d’encadrement des élèves. Nous avons mis en place plusieurs actions : distribution de courriers auprès des parlementaires, appels à la grève… . Nous agissons pour inverser la tendance auprès du recteur ou du ministre, mais il faut souvent aller jusqu’au rapport de force. La volonté du Ministère est de récupérer 16.000 emplois, ce qui représente une économie de 500 millions d’euros. Ce n’est plus possible ! Avec le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, on touche au cœur du métier, en supprimant des moyens importants. La mastérisation, qui réduit le temps de formation d’un an, ne laisse aucune souplesse dans l’ajustement des postes aux besoins réels d’une rentrée sur l’autre. Cette gestion à flux tendu se fait en termes économiques, avant de penser à la qualité de l’école, à l’avenir des jeunes. C’est l’abandon des principes fondamentaux de l’Éducation nationale. Cela va à l’encontre de ce qui fera l’emploi de demain, car la valeur ajoutée de ces jeunes est leur éducation.

La politique de désectorisation a-t-elle joué sur cette carte ?

Cela a eu un effet de ghettoïsation, surtout au niveau du second degré et en milieu urbain. Cela se traduit par un amoindrissement des effectifs dans certains lycées et collèges dont la réputation est moins bonne, qu’elle soit réelle ou usurpée. Aujourd’hui, cette prétendue liberté accordée aux parents est battue en brèche par les capacités d’accueil : des établissements se retrouvent surchargés et doivent donc trier les candidatures. Cela déstabilise les établissements Ambition Réussite, où on constate une fuite des meilleurs éléments ! Et ce flux d’élèves a un effet domino : ces bons éléments qui avaient quitté un établissement Ambition Réussite pour un lycée voisin mieux réputé partent maintenant vers des lycées encore plus élitistes. C’est une destruction de la mixité sociale, alors qu’il faudrait plus de moyens pour développer l’excellence scolaire.

Propos recueillis par Elise Pierre

(1) L’analyse de la carte scolaire est publiée sur le site du SE-Unsa.  

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