La terminale doit être le tremplin vers le supérieur

Le 27 janvier s’est tenu le colloque « Rapprocher le lycée et l’enseignement supérieur, un défi pour l’avenir » organisé par l’AEF au lycée Louis-le-Grand à Paris. Luc Chatel et Richard Descoings étaient entre autres présents. Tour d’horizon.

Patrick Gérard, recteur de l’académie de Paris, a rappelé en ouverture de ce colloque que l’idée de rapprocher le lycée de l’université n’est pas nouvelle. En effet, le lycée tel que conçu par Napoléon en 1808 fait partie de l’université. Par ailleurs, le baccalauréat est, officiellement, le premier grade universitaire. Dans le cadre de la réforme du lycée, considérer le lycée comme la première étape vers l’université n’est pas une nouveauté. Ce qui est nouveau, c’est que pour la première fois depuis 50 ans une réforme du lycée est faite avec l’objectif de faire réussir les lycéens dans le supérieur. Elle n’est pas centrée sur le lycée lui-même, mais sur cet objectif et pour y arriver, pour la première fois se met en place un dispositif d’accompagnement personnalisé de l’élève. Ce dispositif va permettre à l’élève de se préparer aux méthodes de travail du supérieur. Mais attention, prévient le recteur : le supérieur restera bien le supérieur, et il n’est pas question d’en faire un enseignement  » tertiaire ». Il conserve sa spécificité d’être adossé à la recherche et inscrit dans le domaine de l’excellence. Pascal Charvet, directeur de l’Onisep, a souligné que l’ONISEP était profondément pour cette réforme du lycée et pour ce dispositif d’accompagnement des lycées. Sur le site de l’ONISEP, un nouvel espace leur est d’ailleurs dédié.

Redonner confiance



Pour Claude Boichot, Igen et conseiller en charge de la formation et de l’orientation auprès de Valérie Pécresse, le principe même de la réforme est de donner aux élèves, en les accompagnant, les moyens de lutter contre « l’autocensure ». Principe illustré par exemple par le dispositif des « cordées de la réussite », qui signifient « redonner confiance ». Richard Descoings, directeur de Sciences Po Paris, a souligné que le lycée a un rôle central à jouer dans la préservation de l’école publique. Il doit réussir dans l’accompagnement de l’élève et dans l’aide à la construction de son orientation, sans quoi l’enseignement privé prendra définitivement le dessus. Par ailleurs, le lycée est un pivot central pour rapprocher grandes écoles et universités : c’est en effet au lycée que se trouvent les classes préparatoires et les BTS. Il est donc le point d’articulation entre les différentes étapes de l’orientation. Ce qui est complexe à tenir : comme le souligne Simone Bonnafous, vice-présidente de la Conférence des présidents d’université, présidente de l’université Paris-Est Créteil (Upec), préparer à des formations aussi diverses que la CPGE, la première année d’université, le BTS ou le DUT relève de la gageure. Comment construire un modèle pédagogique qui convienne à tous ces possibles ? La question reste en suspens.

« Universitariser » le lycée

Les universités de leur côté devront adapter leur premier cycle aux bacheliers d’aujourd’hui, sous peine de se fragiliser encore davantage. Jean-Michel Blanquer, directeur général de l’enseignement scolaire, était invité à la table ronde intitulée « Vers un lycée premier cycle de l’enseignement supérieur ? « Universitariser » le lycée ou « secondariser » l’enseignement supérieur ? ». Il a posé d’emblée qu’il n’était pas contre le fait d’ « universitariser » le lycée. Pour lui, cette formule résume bien ce qu’induit la réforme du lycée : c’est-à-dire développer l’esprit de recherche, ce qui passera en particulier par les enseignements d’exploration. Il s’est prononcé contre le fait de « secondariser » l’université : il faut plutôt construire un continuum qui permette d’accompagner le passage d’élève à étudiant. Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN-Unsa, a de son côté noté lors de cette table ronde, que depuis trois au quatre ans on assiste à une évolution majeure dans la conception de ce qu’est le lycée : avant, on y préparait juste le bac, désormais le post-bac en fait partie absolument intégrante. Et a souligné Jean-Michel Blanquer, le lycée se lie davantage au supérieur, avec la volonté marquée du gouvernement d’intégrer de plus en plus de professeurs agrégés au sein de l’université. Certains professeurs d’université interviennent, en sens inverse, au collège et au lycée*. L’avenir est donc au développement des passerelles et des échanges entre les deux mondes.

Le bac n’est plus une fin en soi

Luc Chatel, ministre de l’Education nationale, est intervenu pour préciser ses objectifs dans le cadre de la réforme. Il a rappelé tout d’abord que le lien entre lycée et supérieur existe de fait puisqu’aujourd’hui, 80 000 élèves étudient en classes préparatoires et 234 000 en BTS. Une passerelle entre secondaire et supérieur est donc établie. Mais les liens entre lycée et université demeurent insuffisants. Les rencontres entre enseignants du secondaire et du supérieur sont encore trop rares. Quelles sont les raisons de cette coupure, de cette défiance ? Le ministre explique que pendant longtemps le seul objectif du lycée a été l’obtention du bac. Il était une fin en soi, un diplôme à part entière. Aujourd’hui, il est juste un cap à franchir. Il est donc indispensable d’intégrer dès le lycée une préparation au supérieur, bien insuffisante aujourd’hui, comme en témoignent les chiffres alarmants du taux d’échec en premier cycle universitaire qui est de 50 %. La préparation au lycée devra donc comprendre : plus d’encouragement, plus d’information, plus d’accompagnement pour les élèves les plus en difficulté. Ce sont les objectifs de dispositifs tels que les « cordées de la réussite » et les internats d’excellence. Le projet d’orientation de l’élève devra être mieux préparé, et les enseignements d’exploration en seconde pourront l’aider à mieux se repérer dans ses choix. Enfin, le lycéen devra apprendre à travailler de façon plus autonome, et il sera aidé en cela par l’accompagnement personnalisé. En conclusion, Luc Chatel a insisté sur le fait que l’année de terminale doit impérativement être le tremplin vers le supérieur.


*La table ronde « Retour sur quatre expériences de rapprochement entre le lycée et les établissements d’enseignement supérieur » en a présenté quatre exemples

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