Philippe Tournier : « laissez-nous agir »

Philippe Tournier a commencé par enseigner l’histoire. Mais, très vite, les fonctions de direction lui sont apparues comme « l’un des lieux efficaces pour agir ». Au point de devenir, l’an dernier, Secrétaire général du SNPDEN après avoir participé à sa création.

Fils d’une directrice d’école et d’un cadre des PTT puis de France Télécom établis dans la Sarthe, le futur secrétaire général du Syndicat des personnels de direction commence par passer un bac littéraire, avant de s’essayer à Sciences-Po. « Très, très, très mauvais angliciste, ce qui constitue sans doute un de mes plus grands regrets, je n’ai pas persévéré dans cette voie ». Il entame alors des études d’histoire à Paris, qu’il poursuivra jusqu’au doctorat.

En 1981, il occupe un premier poste dans un collège de Bondy qui n’existe plus aujourd’hui. « Comme beaucoup d’enseignants, confronté à la très grande difficulté scolaire, j’ai découvert un autre monde et je m’en souviens comme d’un passage professionnel finalement salutaire. Car, contrairement aux idées reçues, je pense que, à condition d’y être accompagné, on le vit plus facilement à 25 ans qu’en fin de carrière ».

Le virage de 1988

L’année suivante, il décroche l’agrégation et déménage dans le Nord, à Somain. Mais, sans renier quoi que ce soit de sa passion pour l’histoire, Philippe Tournier fait très vite le choix de tourner le dos à l’enseignement. Dès 1988, il décide d’intégrer le personnel de direction. « Élu au conseil d’administration de mon établissement, il m’est apparu rapidement que les questions d’éducation n’étaient pas qu’individuelles et que les difficultés rencontrées dans ma classe faisaient écho à des problèmes d’organisation dans l’établissement ».

Proviseur adjoint à Montreuil-sur-Mer, principal à Harnes, proviseur à Hazebrouck puis à Arras, Philippe Tournier passe au total 23 ans dans le Nord-Pas-de-Calais. Parallèlement, il prend progressivement de plus en plus de responsabilités syndicales. « Les choses ont profondément changé dans ce domaine, mais, à l’époque, se syndiquer était complètement naturel pour un enseignant. Je ne me suis donc même pas posé la question. J’ai intégré le Snes dès le début de ma carrière ».

Le parcours syndical

En 1992, c’est en tant que simple adhérent local qu’il participe, à Clermont Ferrand, au congrès du Snes qui voit principaux et proviseurs créer leur propre structure : « L’existence d’un syndicat unique des personnels de direction semble aujourd’hui une évidence. Ce n’était absolument pas le cas quand le SNPDEN y a vu le jour ». A peine deux ans après sa création, son premier grand défilé achève de donner une identité au syndicat naissant. « C’était une manifestation de soutien à la proviseure d’un lycée de Seine-Saint-Denis, mise en examen après la mort accidentelle d’un élève, dans une zone interdite d’accès de son établissement. Nous avons alors mesuré jusqu’où allaient nos responsabilités et nous nous sommes demandé en quoi consistait ce nouveau métier ». Depuis 1988, en effet, le statut des personnels de direction du secondaire diffère de celui des enseignants.

Le protocole de 2000

Cette réflexion aboutira à l’élaboration d’un nouveau protocole qui, en 2000, encadre plus précisément ce statut. « C’était un texte très novateur, qui prévoyait des lettres de mission, de la mobilité professionnelle… Autant de dispositions qui, aujourd’hui encore, sont présentées comme des nouveautés extraordinaires dans d’autres secteurs de la Fonction publique ».

Secrétaire départemental du Pas-de-Calais de 1992 à 1995, secrétaire académique adjoint jusqu’en 96, puis secrétaire académique jusqu’en 2001, Philippe Tournier entre ensuite au bureau national comme responsable du secteur « Éducation et pédagogie » et devient secrétaire général adjoint en 2002. Il franchit une dernière étape l’an dernier en devenant secrétaire général du SNPDEN.

« Je me suis alors senti investi d’une grande responsabilité, d’autant qu’avec la réforme des lycées, c’est toute la question de l’action de l’État dans l’éducation qui est posée. Les résultats de notre système éducatif ne sont plus bons. Ce n’est pas parce que les élèves sont plus mauvais ou que les enseignants ne font pas leur travail. C’est parce que l’échelon central ne joue plus son rôle depuis longtemps ». À la faveur de l’autonomie qui leur est accordée, les personnels de direction entendent bien jouer le leur.

Philippe Tournier en cinq dates

1982 : reçu à l’agrégation d’histoire
1988 : intègre le personnel de direction
1992 : participe à la création du SNPDEN
2000 : signature du protocole définissant le statut actuel des personnels de direction
2009 : devient secrétaire général du SNPDEN

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