A défaut de faire fonctionner l’ascenseur social, n’est-il pas plus aisé d’étêter l’édifice éducatif ?

C'est la question posée hier sur lemonde.fr par Alain Cadix, ancien président de la Conférence des grandes écoles, et directeur de l'Ecole nationale supérieure de création industrielle (ENSCI

Pour Alain Cadix, la réponse à la question est la suivante : « tirer vers le bas ne grandit pas une nation ».

Le problème posé est, pour lui, ailleurs : en réalité, il ne relève pas du ministère de l’Enseignement supérieur, mais de celui de l’Education nationale.

Si l’on veut continuer à avoir une formation supérieure de qualité, insiste-t-il, rien n’y fait. Il faut une sélection rigoureuse-comme c’est le cas partout dans le monde.
Alors comment faire pour relancer l’ascenseur social, en la maintenant ? La solution du gouvernement en est-elle une ? Pour Alain Cadix, ce n’est pas de ce côté-là qu’il faut regarder, mais plutôt de celui de l’école…primaire. En effet, relève-t-il, « au début du CP, l’avantage des enfants de milieux favorisés est particulièrement net pour la pré-lecture, la reconnaissance des lettres, la maîtrise des concepts liés au temps ». Et de poursuivre : « On constate ainsi clairement un phénomène de transitivité et d’amplification de l’inégalité scolaire du CP aux CPGE. Ce qui est posé a priori comme un problème à résoudre par ou après les classes préparatoires devient un problème posé dès le cours préparatoire… ».
En clair, tout est donc posé dès le CP. Il est bien trop tard pour agir au niveau post-bac ! Par conséquent, les grandes écoles, acceptant les quotas de 30% d’élèves boursiers, seront contraintes de proposer plusieurs sortes de parcours, et « pour garantir la qualité de leur diplôme principal, ce qui est essentiel, vital pour elles, certaines grandes écoles seront amenées à créer un [autre] diplôme à bac+3, une licence, comme du reste Sciences-Po récemment ».

Après une telle analyse, on comprend pleinement le sens du titre : « L’ascenseur social ne démarre pas au 15e étage !… ». Il doit démarrer au premier, ou sinon, rien.

Et quelles réactions du côté des universitaires ?

« Il serait plus simple de reprendre les choses à l’envers en prenant la mesure du capital intellectuel actuellement réuni dans les universités françaises et de sa sous-utilisation gravissime par la nation. » Car fondamentalement en effet, dans le cadre du projet des quotas de boursiers, « l’université n’est même plus pensée comme un lieu d’accueil pour les meilleurs étudiants issus des classes populaires ». Elle est totalement oblitérée. C’est ce que dénoncent conjointement sur « lemonde.fr » dans le « Point de vue » du 18 janvier intitulé « Sortir de la crise universitaire », Olivier Beaud, professeur de droit public à Paris-II, Alain Caillé, professeur de sociologie à Paris-Ouest-Nanterre-la Défense, Guy Carcassonne, professeur de droit public à Paris-Ouest-Nanterre-la Défense, Bruno Courcelle, professeur d’informatique à Bordeaux-I, membre de l’Institut universitaire de France, Jean-Pierre Demailly, mathématicien, professeur à l’université Grenoble-I, François Dubet, sociologue, université de Bordeaux-II et directeur d’études à l’EHESS, Pierre Encrenaz, professeur de physique à l’UPMC et à l’Observatoire de Paris, Marcel Gauchet, philosophe et directeur d’études à l’EHESS et François Vatin, professeur de sociologie à Paris-Ouest-Nanterre-la Défense.

Ils poursuivent leur analyse : « Au lieu de tenter d’améliorer la situation pour les enfants des classes populaires là où ils font aujourd’hui massivement leurs études, on entend faciliter leur accès homéopathique à ce qui est présenté comme les seuls vrais lieux de l’excellence : les classes préparatoires et les « grandes écoles ». »

Pour eux, le problème n’est pas pris à la racine, et même si leur analyse diffère de celle d’Alain Cadix, la conclusion est semblable : cette mesure est superficielle et ne relancera pas de toute manière l’ascenseur social.

Les signataires de ce « Point de vue » plaident donc pour une refondation totale de l’université, certainement beaucoup plus efficace qu’une mesure à portée « homéopathique ».

Ces deux analyses amènent à réfléchir à ce que pourraient être des réformes plus en profondeur du système éducatif, mais une telle remise en cause serait-elle envisageable ? Ou même souhaitable ?

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1 commentaire sur "A défaut de faire fonctionner l’ascenseur social, n’est-il pas plus aisé d’étêter l’édifice éducatif ?"

  1. max  20 janvier 2010 à 15 h 46 min

    s’intéresser à l’université et rehausser réellement le niveau des exigences dès l’école primaire, pensez donc…Signaler un abus

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