Olivier Rollot : énervé mais optimiste

Journaliste, ancien directeur de la rédaction du groupe l’Etudiant, Olivier Rollot s’apprête à publier le « Petit dictionnaire énervé des profs et de l’école »*. En 200 entrées environ, et autant d’articles, il jette un regard à la fois lucide et optimiste sur l’éducation en France. Même si l’institution l’agace souvent.

Pourquoi ce dictionnaire « énervé » ?

J’avais depuis longtemps le sentiment qu’il y a des choses à dénoncer. Parler avec des parents, des profs, confirme l’existence de fêlures, surtout pour les enseignants. Individuellement, ils sont toujours pleins de bonne volonté, pleins d’envie mais n’en sont jamais récompensés par le système. Ils se dévouent pour leurs élèves, tout en ayant le sentiment que leur travail ne sera jamais reconnu. C’est tout cela que j’avais envie de raconter. Car, oui, l’institution pose problème, et ça m’énerve.

Si vous deviez ne retenir que quelques mots de votre dictionnaire, lesquels choisiriez-vous ?

Il y aurait d’abord « collège », parce que c’est là que tout se joue, que l’institution est le plus malade, qu’il y a le plus de débats. Les élèves y sont en souffrance, les profs ne savent pas comment les prendre et c’est là que l’échec apparaît. Dans le primaire, il est relatif ; au collège, il devient plus ou moins définitif pour beaucoup de jeunes qui, finalement, se sentent rejetés. Je choisirais également « lycée », pour la réforme qui y est actuellement menée, même si elle n’est pas énorme. Et puis je citerais évidemment « profs », parce que leur métier évolue malgré des réticences fortes. On passe progressivement d’un métier de connaissance pure et de la transmission du savoir à celle du savoir faire et du savoir être.

Plus que des définitions, vous avez rédigé de véritables articles. Pourquoi ?

L’objectif est de donner à chaque fois une information pratique, claire et concise comme celle que l’on peut trouver dans les dictionnaires, mais aussi de l’accompagner d’une opinion : expliquer en quoi tel sujet pose problème, ce qui fonctionne bien, vers quoi on peut évoluer. Les articles sont donc rédigés comme des éditoriaux, que j’ai voulus faciles à lire, sympas et qui donnent à réfléchir. Car ils ne reflètent pas toujours une opinion tranchée. J’ai essayé de trouver ma place dans des débats passionnants, au milieu d’écoles de pensée qui le sont tout autant, qui transpercent les clivages politiques traditionnels… Nous sommes à la croisée des chemins.

Puisque vous parlez de clivages politiques, votre définition du ministre de l’Éducation** va sans doute faire grincer quelques dents…

Oui, mais ceux qui ont laissé les meilleurs souvenirs, qu’ils s’appellent Jack Lang ou François Bayrou n’ont pas figuré parmi les plus actifs ! Claude Allègre, qui pourtant a fait de bonnes choses, notamment dans l’enseignement supérieur, a très vite fait l’unanimité contre lui. Plus récemment, Xavier Darcos, dont les options ne me semblaient en revanche pas toujours aller dans le bon sens même si son projet de réforme du lycée était intéressant, a subi le même sort. Finalement, un bon ministre de l’Éducation, c’est quelqu’un qui ne fait pas grand chose, et en tout cas qui ne risque pas de faire descendre enseignants, élèves et parents dans la rue. Regardez Luc Chatel aujourd’hui…

Le mot « espoir » a-t-il sa place dans votre dictionnaire ?


Oh oui ! Je pense qu’il y a un immense espoir. Élèves et enseignants sont en train de changer. Internet a complètement transformé le rapport au savoir, à la réflexion et à la façon d’étudier. Et cela va forcément réformer les pratiques de tous les profs, qui vont pouvoir donner davantage d’autonomie à leurs élèves. C’est vraiment une nécessité aujourd’hui car, encore une fois, ils doivent désormais également leur apprendre à se comporter, à s’intégrer dans l’entreprise, à devenir des citoyens… Les jeunes profs sont bien préparés à cela, les plus anciens ont un peu de mal. Et on verra ce qu’il en sera de ceux qui vont arriver demain, et qui ne seront plus formés dans les IUFM que nous connaissons aujourd’hui. C’est l’un des enjeux et sans doute l’un des grands débats des années à venir, au même titre que la réussite des enfants issus des milieux défavorisés.

Propos recueillis par Patrick Lallemant

* ”Petit dictionnaire énervé des profs et de l’école”, Ed. De l’Opportun, 244 pages, 12,90 €, parution le 21 janvier
** ”Poste par lequel sont passés bien des noms les plus prestigieux de la politique française (Lionel Jospin, François Fillon, Jack Lang, Claude Allègre, François Bayrou, etc.) et où il est préférable de ne rien faire si on ne veut pas à la fois se mettre à dos les profs et les élèves

Extraits du dictionnaire

Découvrez en exclusivité dans Le Mot quotidien, durant une semaine, des citations du « Petit dictionnaire énervé des profs et de l’école ».

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