Jacques Perrin : les scientifiques ont soutenu dès le départ Océans

Après Le Peuple Migrateur, Jacques Perrin revient avec un merveilleux film, qui s’intéresse cette fois aux animaux des fonds marins : Océans. Jacques Perrin nous explique comment il a réalisé son film, aux images époustouflantes, et quel message, en particulier pour les plus jeunes, Océans contient.

Comment est née l’idée de réaliser Océans ?

Avec Jacques Cluzaud, j’avais déjà réalisé Le Peuple Migrateur, une formidable exploration de l’espace aérien à 3 dimensions aux côtés des oiseaux… une aventure humaine bouleversante… Jacques et moi avons pensé à l’autre univers à 3 dimensions, l’océan… et nous avons rêvé d’accompagner les poissons dans leurs courses les plus folles, même lorsqu’ils nagent à pleine vitesse. Nous voulions être dauphins avec les dauphins, poissons parmi les poissons… et cette idée nous a enthousiasmés… Après, il a fallu mettre au point les machines pour filmer les thons en migration et les dauphins qui cavalcadent à 40 km/h dans une mer démontée… Et il a fallu trouver l’argent pour que les équipes aient le temps d’attendre l’instant magique où l’animal offre la rencontre…

Qu’est-ce qui distingue Océans d’un documentaire « classique » sur les animaux sous-marins ?

Océans est un film naturaliste, un opéra sauvage, qui immerge le spectateur aux côtés des animaux marins en mouvement ! Océans ne décrit pas l’histoire naturelle d’une espèce, il fait partager aux spectateurs quelques instants de vie particulièrement intenses en émotions. L’animal n’est pas un objet d’étude filmé de loin pour mieux décrire les détails de sa vie, c’est un personnage qui s’exprime, et nous sommes si près que nous ressentons ce qu’il vit. Nous avons particulièrement soigné la bande sonore pour que le spectateur entende ce qu’entendent les animaux. Nous avons envoyé notre ingénieur du son, Philippe Barbeau, aux 4 coins du monde pour enregistrer le chant des baleines en chasse, la plainte des phoques ou le son du dugong et des poissons- perroquets qui broutent ! Mais nous lui avons demandé beaucoup plus : nous voulions entendre ce que le poisson perçoit grâce à sa ligne latérale, sensible à la moindre vibration. Comme lui, nous voulions distinguer immédiatement le pas de la langouste sur un fond de sable et le moindre mouvement de nageoire qui imprime une vibration dans l’eau. Océans propose aux spectateurs une immersion qui ne peut pas être troublée par un commentaire distancié et informatif comme dans un documentaire. Ce commentaire traditionnel, donnant les noms des espèces et des lieux de tournage, réduirait l’océan à la description de quelques-uns de ses éléments. Il ne rendrait pas compte de sa dimension poétique. En revanche, nous espérons que cette immersion donnera l’envie d’aller voir sous la surface et de protéger, non parce qu’on nous le dit mais parce qu’on le ressent.

Comment avez-vous choisi les espèces que vous avez filmées et pourquoi ? et les avez-vous filmées dans le monde entier ?

Nous ne voulions surtout pas nous cantonner à la description de quelques espèces parmi les 250.000 que les scientifiques ont décrites et les millions d’autres que nous ne connaissons pas. Nous ne voulions pas non plus partir dans une quête des espèces rares. Nous voulions évoquer tout l’océan et ses créatures. Nous avons donc choisi les espèces pour ce qu’elles évoquaient, pour les émotions qu’elles suscitaient. Par exemple, nous souhaitions montrer les ripailles primitives de l’océan ; nous avons évidemment choisi de filmer le « sardine run » en Afrique du Sud, au cours duquel des milliers de dauphins pourchassent des milliards de sardines. En les repoussant près de la surface, ils les offrent aux attaques vertigineuses des oiseaux de mer, à l’assaut des requins, des otaries et des baleines. Nulle part ailleurs, on ne peut  « partager » un tel festin sauvage. Nous voulions exprimer la grâce de l’océan, la raie manta s’est imposée, 5 tonnes d’élégance qui planent avec la précision de l’hirondelle et la majesté de l’albatros. La tendresse de l’océan ? Aucun animal marin mieux qu’une mère morse, enlaçant son nouveau-né comme une Madone, n’exprime la charge émotionnelle de la maternité… Raconter le moment incroyable où, pour la première fois, les créatures de l’océan se sont risquées sur la terre ferme ? Nous avons choisi les limules qui n’ont pas changé depuis 400 millions d’années, mais également l’iguane marin, qui est un animal très moderne, mais dont la morphologie évoque les dinosaures et les dragons. C’est ainsi que, peu à peu, avec l’aide des scientifiques, nous avons constitué notre bestiaire.

Pour réaliser votre film, vous avez travaillé avec des plongeurs exceptionnels – comme celui qui nage à côté du Grand Blanc, image absolument époustouflante – et vous vous êtes donc aussi entouré de nombreux scientifiques ?

Nous avons eu, dès le départ du projet, l’appui de la communauté scientifique, réunie au sein du plus ambitieux programme océanographique de tous les temps : le « Census of Marine Life ». Ce programme, qui réunit plusieurs milliers de chercheurs de 80 pays, recence les espèces marines pour comprendre les océans actuels. Ces scientifiques nous ont offert leurs connaissances. Et aujourd’hui, enthousiasmés par le film achevé, ils soutiennent et accompagnent la promotion du film dans le monde entier. Nous avons également fait appel à des plongeurs caméramans, David Reichert, René Heuzey, Didier Noirot, Yasushi Nakamura et bien d’autres, qui ont une formidable expérience de la mer. Quant à François Sarano, le plongeur qui nage épaule contre nageoire avec le grand requin blanc, il a passé 13 ans aux côtés du commandant Cousteau, sur la Calypso, et avait déjà plongé avec des grands requins blancs. Il nous a convaincu que c’était notre méconnaissance qui était à l’origine des légendes infondées sur les requins. Nous avons ainsi plongé librement et sereinement avec de très grands requins pour balayer ces idées reçues.

Quel est votre message, en particulier pour les plus jeunes – on note en effet la présence d’un petit garçon dans votre film…

La mer est le dernier grand territoire sauvage que nous avons blessé par insouciance, par inconscience et caprice. Il est facile d’améliorer notre relation avec l’océan et ses créatures. Chaque fois que l’on a pris des mesures de préservation cela a marché formidablement. La nature se débrouille très bien seule, elle n’a nul besoin que nous l’entretenions. Nous avons tout à gagner à laisser des espaces de liberté à la vie sauvage, car elle donne envie de partager sa majesté et la paix qu’elle nous procure.

Votre message est-il aussi un peu caché dans la lettre « oméga » de votre titre ?

Omega est la dernière lettre de l’alphabet grec. Elle englobe tout, elle résume tout,… comme l’océan, sans qui notre planète bleue ne serait pas.

Pour travailler en classe

-Des documents d’accompagnement pédagogiques pour le premier et le second degrés sont disponibles sur le site officiel du film


-Un entretien avec François Sarano, océanologue, co-scénariste du film, superviseur de ces documents

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