Elisabeth Bojarski : « Aux États-Unis, il faut démarcher les élèves »

Enseigner le français à des lycéens américains, mais surtout les intéresser à notre langue, nécessite d’utiliser quelques « trucs ». Élisabeth Bojarski, professeure dans une high school* de Boston, nous livre les siens. Portrait.

Diplômée de HECJF, cette Française a d’abord enseigné le marketing à l’IUT et à l’École de commerce de Saint-Étienne. « Pour des raisons familiales, raconte Élisabeth, j’ai suivi mon mari lorsqu’il a été muté aux États-Unis en 1992. Arrivée à Boston, j’ai commencé à donner quelques cours de français à la maison à des élèves qui me le demandaient. »

Très vite, le « virus » de l’enseignement la reprend et elle propose ses services à une high school de Boston. « J’ai commencé par enseigner à temps partiel, car je n’étais pas certifiée. J’ai donc passé les deux tests obligatoires, l’un d’anglais pour prouver que l’on est capable de s’adresser correctement aux parents dans cette langue, l’autre de français. Ayant été reçue, j’enseigne maintenant à temps complet. »

L’oral d’abord

Élisabeth est face à cinq classes de niveaux différents (de l’équivalent de notre troisième à la terminale) et dont les effectifs varient de 14 à 30. « Je vois mes élèves pratiquement tous les jours, six jours sur sept, pendant une heure. À ce rythme, ils progressent assez vite. J’insiste beaucoup sur l’oral, en travaillant par exemple sur des chansons, comme celles d’Yves Duteil, Joe Dassin ou de chanteurs québécois pour varier les accents. »

L’étude de la littérature française n’est abordée qu’avec les élèves qui souhaitent poursuivre l’apprentissage du français à l’université. « Il faut que les sujets étudiés soient proches d’eux. Je les emmène par exemple au restaurant français pour qu’ils puissent s’exprimer sur des choses de la vie quotidienne qui leur seront utiles s’ils vont en France. »

Pour faire comme Sarkozy !

Jugeant être très libre dans sa façon d’enseigner, libre de prendre les initiatives qu’elle pense être utiles à ses élèves, l’enseignante se donne, en échange, des missions. Et elle n’est pas peu fière d’annoncer que, cette année, ses effectifs ont doublé, pour atteindre une centaine, sur les 1300 élèves que compte l’établissement. Pourquoi ? « Parce que nous nous bougeons ! Nous allons faire du recrutement dans les écoles. J’y vais avec certains de mes élèves qui peuvent par exemple prendre une guitare et chanter des chansons françaises face aux éventuels candidats. »

Élisabeth a bien conscience que le français, vu des États-Unis, est une langue jugée peu utile. Lorsque les élèves s’inscrivent en cours de français de leur propre chef, c’est souvent parce que les parents ou les frères et sœurs l’ont appris avant eux, ou bien qu’ils ont des origines au Vietnam, en Algérie, au Canada ou à Haïti. La motivation la plus improbable ? Celle d’une jeune élève d’origine hongroise qui a voulu apprendre le français « parce que Nicolas Sarkozy avait, lui aussi, des origines en Hongrie. »

« C’est une belle langue »

Quand il n’y a pas cet attrait, il faut assurer la promotion de cette langue et convaincre les élèves de l’apprendre. Dans un monde où l’on peut être amené à travailler loin de son pays d’origine, l’enseignante pose souvent cette question à des élèves qu’elle souhaite persuader : « Serais-tu content si d’autres personnes parlaient dans ton dos une langue que tu ne comprends pas ? »

« Au début, j’entends dire que c’est une langue difficile, mais, lorsqu’ils l’ont découverte, ils adorent l’entendre et tous disent : c’est une belle langue ! Et puis il y aussi tout ce qui est encore identifié à la France et qui constitue un attrait pour ce pays : la littérature, la nourriture, la haute couture, l’art… »

Pour la professeure de français, l’une de ses grandes satisfactions a été d’établir un jumelage avec un lycée de Normandie et d’envoyer un groupe en France pendant quinze jours. « Ils sont allés avec leurs correspondants à Paris et sur les plages du débarquement. Ils sont revenus enthousiastes ! »

Alain Claude


*pour en savoir plus sur le système éducatif américain


 

Elisabeth Bojarski en 5 dates

1992 : dernière année d’enseignement en France et arrivée aux États-Unis
1998 : enseigne à temps partiel
2001 : obtient la certification et enseigne à temps plein
2006 : voyage au Québec avec ses élèves
2009 : le nombre de ses élèves débutants a doublé.

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