Thierry Baccino : la lecture dans tous ses états

Ancien instituteur, le professeur Thierry Baccino est désormais un spécialiste internationalement reconnu de la psychologie cognitive et ergonomique*. Au cœur de ses travaux, l’impact sur le cerveau d’une lecture sur écran plutôt que sur papier.

« Je suis devenu instituteur par un pur effet du hasard. A l’époque, on passait le concours de l’Ecole normale en 3ème. J’ai eu la chance de le réussir, mais je n’avais pas de vocation particulière. Je me suis cependant rapidement rendu compte que j’aimais enseigner ». A sa sortie de l’Ecole normale de Draguignan, en 1977, Thierry Baccino, fils d’un entrepreneur en maçonnerie, exerce quelques années dans le primaire, puis suit une première formation d’un an, à Aix-en-Provence, pour devenir instituteur spécialisé.

Une double vie

Il se consacre alors aux enfants handicapés sociaux, puis intervient pendant trois ans dans les sections d’enseignement spécialisé d’un collège de Toulon. « De là est né mon besoin de travailler sur la psychologie. Parallèlement à mes activités d’enseignant, j’ai donc repris le chemin d’Aix et de la faculté ». Nous sommes en 1984.

Trois ans plus tard, le futur chercheur décroche sa licence de psycho. Il bénéficie d’un congé de formation professionnelle qui lui permet de passer sa maîtrise. « J’ai toujours été intéressé par la lecture. Que ce soit en cours préparatoire, où j’ai peu travaillé, ou dans les sections d’enseignement spécialisé, je me suis toujours demandé comment s’acquérait cette compétence. Mon mémoire de maîtrise portait d’ailleurs sur la lecture et la compréhension des textes ».

Du papier à l’écran

L’année de son doctorat, Thierry Baccino signe un contrat avec le centre de recherches d’un fabricant d’ordinateurs et se met en disponibilité de l’Éducation nationale. Il commence alors à s’intéresser aux mécanismes spécifiques à la lecture électronique, thème de la thèse qu’il soutient deux ans plus tard. « Mes recherches ne sont jamais terminées, car elles sont liées au développement technologique. C’est un domaine en constante évolution. Chaque année, de nouveaux supports apparaissent, qui changent fondamentalement la perception que l’on peut avoir des textes. »

Désormais plongé dans la lecture de demain, l’ancien instituteur ne pense pas pour autant qu’il faille en modifier les méthodes d’apprentissage à l’école. « Je ne veux pas entrer dans le débat opposant méthodes alphabétique et globale. Mais si vous me demandez s’il faut enseigner la lecture sur écran, ma réponse est non ! Ce n’est pas le problème pour le moment et la présentation des textes sur écran ne change rien en soi à l’apprentissage de la lecture ». Livres électroniques, futurs écrans 3D ou hologrammes constituent cependant aujourd’hui le terrain de jeu préféré de Thierry Baccino, qui analyse leur effet sur les utilisateurs.

Une réputation internationale

« Notre cerveau et nos capacités d’apprentissage ne changent pas. Ils sont pourtant confrontés à de nouvelles contraintes : rétro-éclairage et phénomènes visuels qui y sont liés, modes de présentation multiples, foisonnement d’informations délivrées simultanément… Comment le lecteur lambda appréhende-t-il ce que le concepteur d’un site Internet tente de lui transmettre… Quel est aussi l’impact des écrans sur nos relations sociales ? Voilà ce que j’étudie. »

On sait par exemple désormais que la lecture sur écran fait plus travailler le cerveau, qui doit effectuer un plus grand nombre de choix, comme cliquer ou pas sur un lien pour poursuivre une lecture. Les zones qui régissent les prises de décision sont donc plus sollicitées que pour une lecture sur papier.

Depuis 1993, Thierry Baccino mène ses études à l’université de Nice où il enseigne et où il crée, en 2000, le Master professionnel d’Ergonomie cognitive des technologies de l’information et de la communication. Avec talent, visiblement, puisque ses travaux sont récompensés en 2004 par le prix Fulbright. Thierry Baccino se voit donc offrir la possibilité de poursuivre ses recherches à l’Institut des sciences cognitives de l’université de Boulder, dans le Colorado.

« J’y suis resté six mois, y ai noué des contacts qui durent encore aujourd’hui, et y ai découvert une vue plus globale des sciences cognitives, beaucoup moins cloisonnée qu’en France. Aux Etats-Unis, psychologues, informaticiens, linguistes et sociologues travaillent ensemble à essayer de comprendre des phénomènes aussi complexes que le cerveau ou l’intelligence ».

Patrick Lallemant

*La psychologie cognitive et ergonomique étudie l’influence des supports sur les processus de perception et de compréhension

Thierry Baccino en cinq dates

1975 : entre à l’Ecole normale de Draguignan, dans le Var
1991 : soutient sa thèse de psychologie consacrée à la lecture sur écran
1998 : devient professeur de psychologie à l’université de Nice
2000 : crée le Master professionnel d’Ergonomie cognitive des technologies de l’information et de la communication
2004 : reçoit le prix Fulbright qui lui ouvre les portes de l’Institute for Cognitive Science, dans le Colorado

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