Lycée : les lignes générales de la réforme

Le projet de réforme du lycée vient d'être soumis pour avis au Conseil supérieur de l'Éducation. Sur les quatre textes présentés, seul celui sur le cycle terminal (classes de première et terminale) n'a pas recueilli de majorité en sa faveur. Avant de détailler le contenu du projet classe par classe dans de prochains articles, analyse commentée de ses grands principes.

Tronc commun de 23h30 par semaine pour toutes les secondes, complété par deux enseignements d’exploration complémentaire et une option ; classe de première plus générale et spécialisation intervenant véritablement en terminale… L’un des premiers objectifs de la réforme est de rendre l’orientation des lycéens plus souple.

Une orientation progressive

Claire Krepper, secrétaire national du SE-Unsa, en charge de l’éducation, déplore que ces mesures manquent d’ambition, mais estime qu’elles vont malgré tout dans le bon sens. « Il faut passer d’une logique où les voies et séries sont cloisonnées et hiérarchisées à une logique de parcours construits par les élèves au fil de leur scolarité au lycée. Tout ce qui permet de ne pas s’enfermer dans une orientation trop précocement, ou d’évoluer si l’on pense s’être trompé dans son choix est bon à prendre ».

Responsable du lycée au sein de la FSU, Valérie Sipahimalani, ne croit toutefois pas en la concrétisation de cette possibilité. « Le projet nous promet des passerelles, des possibilités de corrections de trajectoires. Mais les élèves de 1ère L n’ont, par exemple, plus de maths obligatoires. Je ne vois pas, dès lors, comment ils pourraient corriger quoi que ce soit ».

Deux heures d’accompagnement

Autre nouveauté importante, la mise en place durant les trois années de lycée de deux heures d’accompagnement personnalisé, à l’image de ce qui existe déjà dans les écoles et collèges. Valérie Sipahimalani n’est pas contre le principe. Mais elle regrette les modalités de sa mise en œuvre. « Parents et lycéens trouvent les semaines trop chargées. Du coup, l’accompagnement se fera au détriment des heures de cours. Les élèves en difficulté vont donc perdre à la fois des heures de cours et les heures d’aide individualisée dont ils bénéficient aujourd’hui, pour mettre en place un accompagnement fourre-tout, qui sera sans doute moins productif ! »

L’analyse du SE-Unsa est totalement inverse. « Nous avions demandé, rappelle ainsi Claire Krépper, que l’accompagnement soit intégré dans l’emploi du temps des élèves et dans les services de l’enseignant. C’est, à nos yeux, une première approche permettant de valoriser le travail des lycéens au lycée, de les aider dans leurs choix et dans leurs parcours de formation ». Les deux syndicats partagent cependant une inquiétude sur les moyens. La dotation globale d’heures de dédoublement que les recteurs seront chargés de répartir entre établissements leur semble notamment des plus dangereuses.

La revalorisation de la filière littéraire

Pour revaloriser la voie littéraire, la série L va s’ouvrir sur l’international, avec un renforcement de l’enseignement des langues vivantes et l’apparition d’un enseignement de « droit et grands enjeux du monde contemporain. »

Claire Krepper et le SE-Unsa attendaient davantage de la réforme. « Nous souhaitions voir fusionner voies générale et technologique, puisque toutes les deux doivent conduire à la poursuite d’études dans l’enseignement supérieur. De ce point de vue, le cadre reste trop rigide. D’autant que nous ne savons pour l’heure pas grand-chose sur l’avenir de la voie technologique, ce qui nous inquiète ».

Jugeant quant à elle la filière littéraire encore plus enfermante qu’auparavant, la FSU rejette purement et simplement la philosophie du projet gouvernemental. « Il ne résoudra aucun des problèmes que les points de convergence avaient permis de diagnostiquer, qu’il s’agisse de l’échec en seconde ou du rééquilibrage et de la démocratisation des filières de l’enseignement général. Ce que nous propose le gouvernement ne permettra pas à plus d’élèves de réussir. Le lycée va rester le lieu de l’élite, conçu dans un bloc avec l’enseignement supérieur plutôt qu’avec le collège. Cela revient à renoncer à donner une formation initiale de qualité à l’ensemble d’une classe d’âge ».

Patrick Lallemant

Partagez l'article

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.