Claire-Marie Le Guay : il faudrait que les musiciens interviennent davantage à l’école

Claire-Marie Le Guay donnait le 7 décembre un concert au théâtre de l’Athénée, destiné aux élèves de l’école primaire*. En résidence actuellement au théâtre, la pianiste souhaite en effet y apporter une forte dimension pédagogique. Elle nous explique comment elle la met en oeuvre.

Comment est né ce projet de résidence et quels sont les grands axes autour desquels vous avez décidé de la construire ?

Tout est parti d’un récital de piano que j’ai donné à l’Athénée. J’ai à la suite de ce concert rencontré Patrice Martinet (directeur de l’Athénée ndlr), qui m’a proposé cette résidence. Pour moi, deux axes essentiels sont apparus : donner accès à la musique aux enfants et passer commande à des compositeurs. Et toujours avec l’idée de faire le lien entre passé et présent, en donnant toute leur place aux compositeurs classiques illustres et aussi aux grands compositeurs contemporains.

Quelle est la durée de cette résidence ?

Elle a démarré en janvier dernier, se poursuit sur 2010, et pour l’instant, je ne sais pas quand elle se terminera…

Comment avez-vous construit votre volet pédagogique, et par exemple comment s’est fait le choix des œuvres du concert du 7 décembre ?

Pour moi, le choix des œuvres jouées pour les enfants s’est fait exactement comme je l’aurais fait pour des adultes. J’ai choisi des oeuvres que j’aimais. Je veux juste guider les enfants sur le chemin de la musique plutôt que de choisir des œuvres qui soient a priori pour eux. Je veux leur donner par la préparation dans les écoles (Claire-Marie Le Guay intervient d’abord dans les classes auprès des élèves pour leur présenter des extraits des oeuvres qu’ils entendront par la suite au concert ndlr) un accès, des points de repère, une connaissance de ce qu’ils vont entendre ici, mais ce qui compte avant tout pour moi, c’est la diversité, c’est de leur faire découvrir des œuvres classiques, romantiques, contemporaines etc. Il faut leur donner la chance d’entendre un peu de tout et de faire leur propre chemin à partir de cela.

Avant votre résidence, aviez-vous déjà travaillé avec des classes ?

J’ai commencé il y a quelques années, j’avais mis en place un projet avec une professeur de lettres des Mureaux, avec une classe sur un an. L’année scolaire s’était achevée par un récital-rencontre, où les élèves, qui avaient travaillé toute l’année sur des œuvres musicales en relation avec des œuvres littéraires, pouvaient poser toutes leurs questions. Sur une classe de trente, ils m’ont tous écrit après, et un seul élève m’a dit que la musique classique ne l’intéressait toujours pas. Tous les autres m’ont dit qu’ils avaient découvert quelque chose, que les musiciens et la musique étaient finalement accessibles. Les stéréotypes ont été cassés et pour moi, le pari était gagné ! Il faut comprendre ce qu’on écoute pour pouvoir l’aimer. Mon rôle était de leur donner des clefs pour cela.

Est-ce que beaucoup de musiciens de votre envergure font la démarche d’aller dans les établissements à la rencontre des élèves ?

Avec un tel engagement, je ne sais pas, mais pour moi, c’est une de nos missions. Il faut rendre la musique plus présente dans les écoles. Il est vrai qu’il existe déjà des projets pédagogiques avec des orchestres, mais avec des musiciens individuellement, beaucoup moins je pense.

Est-ce qu’aujourd’hui, cette rencontre avec les musiciens n’est pas quelque chose qui manque à l’école ?

Cette rencontre est en effet idéale, mais ce n’est pas toujours facile à organiser : du côté de l’école, il faut respecter les programmes, et du côté du musicien, cela demande de l’énergie, mais il y a beaucoup de répondant.

Vous avez de bons retours des élèves ?

Oui, l’an dernier, j’ai reçu des dessins, des poèmes, et dans une classe, chaque élève est venu m’apporter une rose !

Dans votre tout dernier album**, on trouve des pièces pour enfants. Peut-on faire le lien avec votre résidence, et ces pièces justement peuvent-elles être utilisées par les enseignants ?

Absolument, d’autant que la compréhension est facilitée par les titres. Ce qui est important, c’est de susciter le rêve et l’imagination chez les enfants. Ils peuvent formuler ce qu’ils ressentent par les mots, par des dessins. L’essentiel est de leur laisser la parole.




*Claire-Marie Le Guay propose aux écoles primaires franciliennes (du CP au CM2) un projet pédagogique de
l’apprenti-mélomane


** »Gubaidulina : Portrait ». Cet album comprend « Musical Toys », une collection de courtes pièces pour piano pour enfant


 


Photo : © Thierry Cohen

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