Alain Olive : un ancien prof à la tête de l’Unsa

A 59 ans, Alain Olive vient d’être élu pour un cinquième mandat successif à la tête de l’Unsa, syndicat qu’il a contribué à fonder en 1993, après l’éclatement de la Fen.

Quand on lui demande les dates qui ont jalonné son parcours professionnel, Alain Olive cite sans hésiter 1993, année de la fondation de l’Union des syndicats autonomes. « Même si je suis syndiqué depuis que je suis enseignant, je ne suis pourtant pas tombé tout petit dans la marmite, et je ne m’imaginais pas un jour à la tête d’une organisation syndicale ».

Une enfance heureuse

Orphelin de mère à 4 ans, le futur patron de l’Unsa passe malgré tout une enfance heureuse, à Millas, petit village des Pyrénées-Orientales proche de la frontière espagnole, auprès de son père « agriculteur, viticulteur, commerçant ». Très entouré, il se retrouve cependant pensionnaire dès l’âge de 7 ans et le restera jusqu’au baccalauréat. « C’est peut-être là que j’ai acquis le sens du collectif ». Un sens qu’il entretient en pratiquant assidûment le rugby, malgré son gabarit de poids léger. « Chez nous, c’était aussi naturel que de pouvoir marcher. Sans trop en faire à ce sujet, je pense que c’est un sport assez étonnant. Tout le monde peut pratiquer le rugby : grands, gros, petits, maigres… Et c’est une formidable école de courage. On ne peut pas y jouer la trouille au ventre ».

Sur la route

Élève ni brillant, ni paresseux, mais un peu turbulent, il décroche son baccalauréat, entame des études de droit et… décide de partir faire le tour des Amériques. « C’était ma façon de passer de la jeunesse à l’âge adulte. Nous étions à la fin des années 60, une période d’engagement très forte pour certains. Moi, j’ai choisi une sorte de dégagement ! »

Pendant un peu plus d’un an, il parcourt le continent, cueille le tabac au Canada, récolte les fruits en Californie, plante du café au Salvador, voit naître la révolution sandiniste au Nicaragua… De retour de son escapade, Alain Olive suit à Paris celle qui deviendra sa femme. Il termine ses études à Assas. « Ce fut très dur. Pinochet venait de prendre le pouvoir à Santiago. Dans le grand hall, des militants d’extrême droite avaient placardé des panneaux annonçant qu’après le Chili, viendrait le tour de la France. C’était très sympathique ! »

Quinze ans d’enseignement

Maitrise de droit en poche, Alain Olive commence à enseigner l’économie et la gestion, au lycée de Montgeron, dans l’Essonne. « Je travaillais dans un centre dépendant du lycée, qui accueillait des adolescentes fortement handicapées. C’était à la fois dur et joyeux. Certaines jeunes filles se savaient condamnées. Mais nous devions chaque jour être dans un état d’esprit extrêmement positif, et pour elles, et pour nous ». Au bout de huit ans, Alain Olive est nommé à Corbeil, puis à Créteil avant de redescendre chez lui, à Perpignan.

Partout, il acquiert la conviction que l’enseignement, tel qu’il est pratiqué, est loin de répondre aux besoins de tout le monde. Pour exercer une influence sur ces enjeux, « et aussi parce que la vie est faite de hasards », Alain Olive intègre le secrétariat général de la Fen, la Fédération de l’Education nationale.

L’aventure syndicale

« J’adorais mon métier, et j’ai beaucoup hésité. Ça m’a un peu coûté de partir. » D’autant qu’à la fin des années 80, la Fen lui apparaît dogmatique, à bout de souffle. « Au bout d’un an et demi, je n’avais qu’une envie : foutre le camp ! ». Alain Olive obtient du reste une mutation aux Iles sous le vent, qu’il n’honorera pas. Au même moment, on lui demande en effet de gérer les aspects juridiques de la scission de la Fen. Celle-ci dissoute, Alain Olive décide de fonder l’Unsa, et de l’ouvrir à d’autres adhérents qu’aux seuls enseignants ou fonctionnaires. « J’ai toujours eu horreur de voir les gens s’enfermer dans des chapelles, des circuits fermés ».

Réélu sans discontinuer depuis à la tête de l’organisation, Alain Olive entame son cinquième mandat, son dernier puisqu’il a déjà annoncé son intention de passer la main. Avec un ultime défi : « Faire comprendre que les organisations syndicales doivent d’abord défendre ceux qui en ont le plus besoin, à commencer par les précaires ». Et, pour l’ancien prof, une ambition : « Gagner le combat contre l’illettrisme, car je n’ai rien perdu de l’envie de transmettre et de partager qui m’avait poussé à enseigner ».

Patrick Lallemant

Alain Olive en cinq dates

1970 : entreprend un voyage initiatique à travers les Amériques
1973 : premier poste d’enseignant. Se syndique au Snes
1988 : bénéficie d’une dispense totale d’enseignement et rejoint le service juridique de la Fédération de l’Éducation nationale
1994 : devient secrétaire général de l’Unsa, après avoir participé à sa fondation un an plus tôt
2009 : élu pour un 5ème mandat

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