Quel est le premier conseil que vous donneriez pour faciliter les relations avec les parents ?

Il faut d’abord prendre conscience que, dans leur comportement vis-à-vis des enseignants, les parents ne font souvent que traduire leurs propres difficultés. On peut, à mes yeux, rassembler en quatre groupes les parents avec lesquels il peut être plus difficile d’établir des relations : il y a les parents dépassés par la situation de leur enfant ; les parents qui, à l’inverse, nient les difficultés et rejettent la faute sur le dos de l’école, de nos méthodes ou de nos exigences ; les parents agressifs, qui se sentent attaqués et se protègent contre ce qu’ils considèrent comme une menace à leur intégrité de parents ; et les parents que j’appelle « invisibles », qui ne répondront jamais à vos invitations ou à vos appels téléphoniques, ne vous adresseront aucun retour. Tous ces parents ont des besoins inassouvis et entrent en résistance psychologique. Plutôt que de les blâmer, il faut donc les regarder d’un autre œil, mieux comprendre leur détresse.

Existe-t-il des techniques efficaces quel que soit le type de parents ?

Quand un enfant adopte un comportement difficile en classe, on a tendance à ne souligner que cet aspect négatif, au détriment parfois des attitudes plus encourageantes. Il est fondamental d’avoir, avec les parents de ces enfants, une communication aussi positive que possible. L’habitude de n’être contactés que lorsque les choses se passent mal les place automatiquement dans une attitude défensive. Il est donc important de leur signaler, dès le début de l’année notre intérêt pour la différence de leur enfant, et même d’être capable de les appeler pour se faire l’écho de progrès, d’améliorations…

Car, dans le domaine de la relation avec les parents comme dans les autres, mieux vaut également prévenir que guérir…

Absolument. C’est pourquoi il faut, dès la rentrée, planifier des rencontres, même si elles n’ont d’autre véritable but que de créer puis entretenir la relation. Dans le même ordre d’idée, je conseille régulièrement aux enseignants de transmettre dès le premier jour un petit mot à chaque famille, pour leur dire : « je suis content d’accueillir votre enfant dans ma classe, j’ai de beaux objectifs par rapport à leur apprentissage ». C’est aussi l’occasion de se présenter, d’annoncer quelles seront les principales activités et, éventuellement, d’inviter les parents à participer à certaines d’entre elles. Tout cela contribue à ouvrir la porte à une meilleure collaboration, à établir un lien de confiance entre parents et enseignants.

La prévention ne suffit cependant pas toujours. Que faire lorsqu’une situation dérape ?

Ce que je voudrais d’abord vous dire, c’est que, dans ces conditions, les choses se passent quand même assez bien ! Quand elles dérapent, ce qui arrive malgré tout de temps en temps, il faut d’abord que l’enseignant identifie le type de parent auquel il est confronté, analyse les émotions que cette opposition fait naître en lui et refuse de baisser les bras. Ensuite, dans tous les cas, il faut absolument refuser l’escalade, garder son sang-froid, éviter la confrontation et l’argumentation. Le meilleur moyen d’y parvenir consiste à soigneusement préparer les entrevues avec ces parents, pour maîtriser les messages que nous souhaitons leur transmettre. Enfin, il faut essayer de transformer les parents en alliés, en leur demandant leurs besoins, comment les choses se passent à la maison, les mesures qu’ils ont mises en place et qui fonctionnent bien…

Propos recueillis par Patrick Lallemant


 


 

(1) Psycho-éducatrice, Marie-Josée d’Amours forme les enseignants des établissements de la commission scolaire de Kamouraska-Rivière-du-loup, au Québec.