Jean-Jacques Beineix : il faut que les cinéastes rencontrent les scientifiques et vice-versa

Jean-Jacques Beineix est, pour la seconde fois, le parrain de Cinémascience, le festival du film de science du CNRS (du 1er au 6 décembre à Bordeaux). Il nous explique pourquoi ce festival lui tient à coeur.

Vous avez accepté d’être à nouveau le parrain du festival Cinémascience. Qu’est-ce qui vous a motivé ?

Le parrainage implique un certain suivi. Un festival est une aventure au long terme, donc à partir du moment où j’avais parrainé le premier, j’avais envie d’apporter à nouveau ma contribution.

Pour vous, le cinéma est-il le meilleur moyen de faire connaître les problématiques et les enjeux de la science au public ?

Ce n’est pas le seul, mais c’est un des moyens. Le cinéma est un art universel, il touche le monde entier, c’est le spectacle le plus populaire, avec le football. Il reste un des programmes les plus vus et les plus diffusés à la télévision, il bénéficie d’une certaine liberté. Enfin, il est lui-même le fruit d’une science et d’une technologie, avec laquelle il évolue.

Le cinéma et la science sont donc liés ?

Les domaines dans lesquels la science s’exerce sont infinis, comme ceux de la création. Les créateurs et les scientifiques ont des valeurs communes : ils repoussent les limites, ils essaient de matérialiser leurs rêves. Ils sont touchés par le même vertige : celui de la connaissance et de l’inconnu, et avec lui, l’envie d’aller l’explorer. L’imaginaire a beaucoup d’importance dans la science, dans l’expérimentation. Les gens que j’ai rencontrés au CNRS m’apparaissent en cela très proches des gens du cinéma. Il me semblait donc intéressant, pour toutes ces raisons, d’aider à construire un dialogue entre la science et le cinéma. De ce dialogue pourront naître des projets de films futurs – et pas uniquement des films documentaires, illustrant des faits scientifiques.

Justement, tous les genres cinématographiques ont-ils leur place dans le festival ?

Tous les genres sont représentés et également toutes les grandes thématiques scientifiques. On peut bien sûr aller au-delà du simple documentaire et de la simple illustration. Les films qui parlent de science peuvent déclencher un débat, c’est cela qui compte. Cinémascience n’est pas un énième festival cinématographique : il est fondé sur la synergie et la rencontre. Des riches débats qui auront lieu, j’attends d’ailleurs des suites…

Pouvez-vous nous en dire plus ?

J’en attends que des cinéastes rencontrent des scientifiques et aient envie de travailler avec eux, et vice-versa. La science a du mal aujourd’hui à faire parler d’elle. Il y a un déficit en communication, la place de la science à la télévision et même au cinéma est insuffisante. Le dialogue fera comprendre que la science est un domaine idéal pour le cinéma.

Mais la science est déjà présente au cinéma, en particulier avec la science-fiction…

Oui, mais il faut enrichir cela de débats portant sur les différences entre la science-fiction, la prospective, l’intuition poétique. Il faut frotter entre elles la recherche scientifique, son exactitude, et la recherche créatrice. Et réfléchir à la place de l’intuition dans les films. C’est le rôle de ce festival. Je vais vous donner un exemple : actuellement passe au cinéma un film de science-fiction américain à gros budget : « 2012, la fin du monde ». Ce film, qui repose sur des théories inexactes, a été démonté point par point par la NASA. Mais ce n’est pas cela qui importe : ce qui compte, c’est que ce film va ouvrir sur des débats, et qu’il permettra la rencontre entre une intuition, une peur – celle de la fin du monde- et une réalité avec son approche scientifique. Il s’agit certes d’une peur ancestrale, mais scientifiquement de toute manière, la fin du monde est programmée !

Parlons de vos projets : la science est-elle un sujet qui vous inspire ?

Oui, surtout les sciences humaines : la psychologie, l’avenir de notre société… Je distribue actuellement un film, « La fin de la pauvreté ? » -que nous allons d’ailleurs probablement présenter au festival- qui parle de la pauvreté et des systèmes économiques, et se demande pourquoi la pauvreté perdure et ne fait qu’augmenter. Des scientifiques du CNRS travaillent sur ce sujet et dans ce film, des spécialistes des questions économiques comme Joseph Stiglitz prennent la parole.

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