Jade Ghosn : « Élèves et enseignants doivent se faire vacciner »

Depuis deux semaines, les fermetures de classes ou d’établissements se multiplient et le virus de la grippe H1N1 semble se propager rapidement en milieu scolaire. Praticien hospitalier au service de médecine interne et des maladies infectieuses du CHU de Bicêtre, Jade Ghosn est un spécialiste de la grippe A.

Que vous inspire l’évolution de l’épidémie ?

Elle se révèle assez conforme à ce que nous pouvions attendre. Le nombre de cas augmente de façon significative tous les jours. Les vacances scolaires de la Toussaint ont provoqué une petite cassure, et un peu ralenti la progression de la maladie. Mais la courbe a repris dès la rentrée. En termes de gravité, on ne note pas d’évolution particulière par rapport à ce qui a été décrit initialement, en France ou dans d’autres pays comme le Canada ou l’Australie. Dans la majorité des cas, et à l’exception des femmes enceintes pour qui le virus se montre particulièrement virulent, et même mortel, la grippe A se révèle assez bénigne. Le syndrome grippal cède en quelques jours, sans complication majeure.

Dès lors, quelles sont les spécificités du virus qui justifient toute cette campagne ?

Ce qui était particulier dès le début, et l’est toujours, c’est que la maladie ne touche pas les mêmes populations que celles qui sont habituellement victimes de la grippe saisonnière. Les personnes âgées sont ainsi plutôt épargnées. En revanche, les plus touchés sont les enfants, les adolescents et les jeunes adultes. D’autre part, il est démontré que ce virus est dix fois plus contagieux que celui de la grippe saisonnière, dont la circulation est d’ailleurs pratiquement nulle en ce moment. Aujourd’hui, quand quelqu’un a la grippe, même si aucun prélèvement n’a été effectué, on peut pratiquement affirmer qu’il s’agit du virus H1N1.

Les parents d’élèves vont bientôt recevoir les questionnaires leur demandant s’ils souhaitent faire vacciner leur enfant. Pour vous, il n’y a donc pas à hésiter ?

Les élèves doivent effectivement se faire vacciner. Dans un établissement scolaire, les contacts sont très rapprochés et favorisent une contamination potentielle. S’il n’est pas vacciné, un enfant en bonne santé, pour qui la grippe A n’entraînera aucun problème particulier, peut la transmettre à un camarade asthmatique qui risque de contracter une forme grave de la maladie ; à un petit frère ou une petite sœur de moins de six mois, que l’on ne peut pas vacciner ; à ses grands-parents, qui souffrent peut-être d’une autre maladie. Leur mère peut aussi être enceinte… En raison de leur proximité avec les élèves et du nombre de personnes qu’ils côtoient dans la journée, les enseignants doivent également se faire vacciner. C’est, en effet, le seul moyen d’éviter que la transmission continue.

Qu’en est-il des risques liés au vaccin ?

D’abord, l’adjuvant utilisé dans le vaccin, le squalène, l’a déjà été dans d’autres. On a donc du recul. Ensuite, aucun accident grave lié à la vaccination n’a encore été enregistré, alors que plus de 100.000 professionnels de santé se sont fait vacciner depuis plus d’un mois. Le risque théorique lié à la vaccination est de l’ordre de un sur un million. C’est mille fois moins que le risque d’être victime d’une complication liée à l’infection par la grippe. Plus le nombre de cas augmentera, plus il y aura de complications, et plus le nombre de décès augmentera. Il est effectivement encore très inférieur au nombre de morts que provoque chaque année la grippe saisonnière, mais il convient de le rapporter au peu de temps écoulé depuis que la pandémie a véritablement débuté.

Les fermetures de classes se multiplient et posent souvent des problèmes de garde des enfants. Médicalement, ces fermetures se justifient-elles ?

Médicalement, c’est effectivement ce qu’il faut faire, car ces fermetures permettent de casser la chaîne de transmission et de passer des caps ponctuels. Mais elles ne constituent pas une solution pour autant. Les enfants ne feront pas la grippe simultanément. Et, à raison de trente élèves par classe, s’ils ne sont pas vaccinés, on risque de multiplier les fermetures. C’est tout l’équilibre du système scolaire qui s’en trouvera menacé. Le seul moyen d’être tranquilles, c’est que tous les enfants et leurs professeurs soient vaccinés.

Propos recueillis par Patrick Lallemant

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