« J’ai connu une carrière universitaire très heureuse. Mais au fond de moi, j’avais toujours rêvé d’être magistrat. C’est peut-être l’une des raisons qui m’ont amené à accepter la mission que me proposait l’académie de Montpellier. Le médiateur, c’est une espèce de juge de paix, à l’ancienne… »

Une double compétence

C’est en 2002 que les responsables académiques viennent interrompre une retraite paisible entamée quatre ans plus tôt, après une longue carrière débutée en 1960. Bernard Biau ira ainsi du lycée de Narbonne à l’université de Montpellier 2, en passant par le rectorat d’Aix et les campus de Perpignan et Toulouse. « Le médiateur doit posséder deux caractéristiques : être à la retraite et bien connaître le système éducatif. Je remplissais les deux conditions. » Plus une : l’envie de retrouver une activité, certes bénévole, mais passionnante, après une expérience décevante comme élu d’une petite commune de l’Aude. « J’ai effectué deux mandats de conseiller municipal de base. Ma première mission avait consisté à négocier un crédit pour une camionnette municipale ! Après avoir géré des universités, je crois que j’ai été gêné par le manque de moyens. » L’ancien administratif accepte donc de se mettre au service des personnels et des usagers de l’Éducation nationale.

Patience et diplomatie

« Les dossiers qui me sont soumis sont variés. Mais ils concernent le plus souvent des problèmes d’affectation, pour les élèves comme pour les professeurs, ou de notes aux examens ». Le meilleur souvenir de Bernard Biau, en tant que médiateur, concerne d’ailleurs cette dernière catégorie. « J’ai réussi à faire modifier la note anormalement basse qu’une jeune fille avait obtenue à un examen. Cela n’arrive théoriquement jamais. Mais je suis heureux d’y être parvenu. Si j’avais échoué, cette élève se serait considérée, peut-être toute sa vie, victime d’une erreur ou pire, d’une injustice ». Sourire, patience, diplomatie… le médiateur doit faire preuve de toutes ces qualités pour parvenir à ses fins, même si l’administration n’est pas aussi tatillonne qu’on veut bien le dire. « Il y a quelques années, nous étions effectivement considérés comme des mouches du coche. Aujourd’hui, bien accepté, j’ai le plus souvent affaire à des interlocuteurs ouverts et désireux de m’aider au mieux. » Tous les recours ne trouvent cependant pas une solution heureuse. Les erreurs d’inscription aux examens restent notamment des cas insolubles. Mais l’important est déjà d’être présent et disponible. « Quand ils viennent me voir, les gens peuvent passer longtemps à m’expliquer leur situation, même si je leur dis très vite qu’elle me semble inextricable. Mais c’est important de savoir leur accorder du temps. Car ils viennent parfois surtout chercher une écoute ».

De plus en plus lourd

A la fin de l’année scolaire, dans sa 74ème année, Bernard Biau quittera ses fonctions de médiateur, la conscience tranquille. Au-delà de l’Ordre national du Mérite venu récompenser son engagement, il se souviendra des cas qu’il a aidé à résoudre. Mais la mission est de plus en plus lourde. En une dizaine d’années, le nombre de plaintes qui arrivent au médiateur a plus que doublé. « La charge me prend vraiment beaucoup de temps maintenant. Fin septembre, nous en étions déjà à 216 dossiers depuis le début de l’année. Je reçois les personnes, me rends dans les services concernés, parfois plusieurs fois... » Faut-il dès lors que les médiateurs académiques deviennent professionnels, comme l’est déjà le médiateur national ? « Je n’en suis pas sûr. Notre force est de ne dépendre de personne, de pouvoir intervenir en toute liberté et en toute indépendance. Professionnaliser la fonction reviendrait à demander à l’administration de se juger elle-même ».


                                       Patrick Lallemant