Ultima Patagonia 2010 : des reliefs uniques au monde

Toute l’équipe scientifique d’Ultima Patagonia repart* en janvier pour une nouvelle expédition, dans les îles extrêmes de l’archipel chilien. Laurent Morel, spéléologue y participant, nous explique quels seront les grands objectifs de cette expédition, soutenue entre autres par le CNRS et la CASDEN.

L’expédition 2010 s’inscrit-elle dans la continuité d’Ultima Patagonia 2008 ?


Oui, elle est même dans la continuité des deux dernières expéditions, 2006 et 2008. Ce sera la cinquième expédition. Nous repartirons en janvier prochain avec quasiment la même équipe franco-chilienne, soit une cinquantaine de personnes, et pour une même durée, à savoir deux mois. Il s’agit donc de continuer à explorer des îles de l’archipel chilien (un ensemble d’îles au nord du détroit de Magellan et sur le front du Pacifique), qui ont comme spécificité d’être de type calcaire. Or les roches sédimentaires de type calcaire ont pour particularité de contenir des cavités. Ces cavités conservent pendant des millénaires la mémoire de certains phénomènes. Par exemple, des peintures rupestres, des sépultures ou encore des empilements de sédiments, tous ces éléments apportent de nombreuses informations sur l’histoire de la région.

L’étude des concrétions présentes dans les cavités pourra-t-elle avoir des retombées scientifiques directes, par exemple en termes de compréhension du réchauffement climatique ?

Oui, c’est un des objectifs de cette expédition, mais la tâche est importante. Les concrétions poussent en période interglaciaire, donc de réchauffement. Leur étude renseigne sur les conditions des variations climatiques de cette région. Une cavité, proche du Pacifique, sera instrumentée pour étudier ces concrétionnements.

Allez-vous poursuivre aussi l’exploration de la grotte contenant les traces de la tribu des Alakaluf et de la grotte de la baleine ?

Oui, bien entendu. Nous avions trouvé lors de notre dernière expédition dans une grotte des peintures et des sépultures intactes des Indiens Alakaluf (tribu indienne dont les premières traces de présence sur l’île remontent à 4000 ans). Au niveau archéologique, en les étudiant, on pourra apprendre comment ils ont vécu, ce peuple a quasiment disparu, il ne reste plus que 16 descendants. Et dans une autre grotte, appelée la grotte de la baleine, on a trouvé des squelettes de baleines parfaitement conservés. Comment sont-elles arrivées là ? Nous poursuivrons nos investigations pour y répondre. Si l’île n’avait pas été calcaire, j’insiste à nouveau sur ce point, nous n’aurions jamais retrouvé ces éléments. Ils n’auraient pas pu être conservés sur des périodes aussi longues.

Outre le fait que ces îles soient calcaires, elles sont intéressantes aussi de par leur période de glaciation. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Oui, il y a 10 000 ans, tout a été raboté par les glaciers. Le glacier actuel du Chili est le plus grand au monde. Il y a 10 000 ans, il recouvrait entièrement ces îles. Il s’est retiré, et petit à petit, la vie a repris le dessus en repartant de zéro, et il est intéressant de voir comment cela s’est produit, de plus dans un climat hostile. Et récemment. 10 000 ans en effet, c’est une glaciation récente sur une échelle géologique. En résumé, ces îles sont isolées de tout, ont des vents et des pluies situés dans les records mondiaux, ont subi une glaciation récente : tous ces ingrédients font que la faune et la flore y sont exceptionnelles et très fragiles. On y découvre aussi des reliefs absolument uniques au monde. Nous y avons découvert des espèces, en particulier d’insectes, jamais encore découvertes auparavant. Et lors de notre prochaine expédition, nous allons d’ailleurs constituer un herbier de la flore présente.

Qu’en est-il de la présence humaine sous ces latitudes hostiles ?

Ces îles n’avaient jamais été explorées avant nous. Elles sont le seul endroit au monde à avoir été préservé de tout contact humain -même si les Alakalufs y sont passés très ponctuellement pour la chasse, en se réfugiant justement dans les grottes où l’on a retrouvé leurs traces. Mais c’étaient des passages très rapides et fugaces qui n’ont absolument pas eu d’impact sur la nature. Il est vrai aussi que ces îles ont été naturellement préservées, leur accès étant rendu particulièrement difficile par les conditions climatiques extrêmes.

Qui soutient votre nouvelle expédition ?

Au niveau scientifique, le CNRS, les laboratoires ADES à Bordeaux, Edytem à Chambéry, Ampère à Lyon, et la fédération française de spéléologie. Au niveau financier entre autres, la CASDEN. Il faut noter aussi que du côté français, tous les laboratoires font partie du CNRS. Du côté chilien, nous sommes soutenus par le gouvernement chilien et les grandes universités scientifiques chiliennes. Enfin, cette année le ministère de l’Education nationale nous soutient aussi, et des activités sont proposées pour les classes.



                       Propos recueillis par Sandra Ktourza


 


*pour lire l’interview sur Ultima Patagonia 2008

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