Qu’est-ce qui vous a donné envie de rédiger ce guide ?

Je travaille depuis vingt ans sur les questions d’éducation. Ce livre est donc le bilan des rencontres et des enseignements accumulés en une vingtaine d’années. Je pense par ailleurs que les enseignants d’aujourd’hui ont besoin de réponses aux questions qu’ils se posent tous les jours, plus concrètes que celles qui leur sont fournies pendant leur formation. Je ne suis pas là pour donner des recettes toutes faites. Ce ne serait de toute façon pas possible. Chaque enseignant réagit en fonction de sa classe, de son expérience et de sa culture. Mais on peut quand même rédiger un guide des bonnes pratiques.

Le livre s’ouvre sur un chapitre consacré à l’autorité. Est-ce à vos yeux ce qui manque le plus aux jeunes enseignants ?

Je pense que les enseignants débutants s’interrogent en effet souvent sur la différence entre être autoritaire et faire autorité. Avoir de l’autorité, c’est précisément le contraire d’être autoritaire. Cela demande du professionnalisme. Faire rapidement autorité est d’autant plus important que, vous le savez comme moi, les élèves testent leurs professeurs dans les cinq ou six semaines suivant la rentrée et que les enseignants commencent souvent leur carrière dans des établissements sensibles, voire difficiles.

Votre guide est conçu comme une vitrine, où chacun peut venir chercher les conseils dans le domaine précis qui l’intéresse…

Ce n’est en effet pas un livre qui doit nécessairement se lire du début à la fin, même si, encore une fois, il ne s’agit pas d’un recueil de recettes ! Chacun des neuf chapitres a quand même vocation à être lu intégralement, mais l’index à la fin de l’ouvrage permet au lecteur d’aller chercher directement la réponse à la question qu’il se pose, dans une vraie notion de service. Pour en revenir à l’autorité, par exemple, il convient de fixer les règles tout de suite, de les faire respecter et de les respecter soi-même. Si vous avez promis de rendre les copies à une date précise, tenez ce délai. Soyez très clair sur vos exigences, ne cédez pas, ne jouez évidemment jamais la carte du copinage. Vous pouvez aussi, si nécessaire, vous placer dans un rapport contractuel : je m’engage à faire ceci pour vous, vous vous engagez à faire cela pour moi…

Vous consacrez vos deux derniers chapitres à la mission de service public et au plaisir d’enseigner. Ces deux notions vous semblent fondamentales ?

Je fais partie de ceux qui pensent que l’on ne choisit pas ce métier par hasard mais que l’on s’y engage, même quand la vocation n’est pas forcément là au départ. Être enseignant va au-delà de la simple transmission du savoir. C’est aussi lutter contre l’échec scolaire, réparer un ascenseur social en panne, éveiller les élèves à la diversité du monde, leur permettre de décoder les milliards de messages médiatiques qui souvent les manipulent, les intégrer à la société d’aujourd’hui… Cela implique énormément de responsabilités et en fait l’un des métiers les plus difficiles. Mais c’est aussi un métier qui peut contribuer à l’épanouissement de celui qui l’exerce. Encore faut-il s’en donner tous les moyens, et c’est l’un des objectifs de ce guide. 


 


Propos recueillis par Patrick Lallemant


 


Le Guide du jeune enseignant, Ed. Sciences Humaines, 288 pages, 17 €