Jul : l’ancien prof qui bulle

Fils et frère d’enseignants, lui-même ancien professeur d’histoire chinoise, dessinateur de presse, auteur de BD connu et reconnu… À 35 ans, Jul a déjà mené plusieurs existences. Itinéraire d’un enfant doué.

Devinette en guise de préambule : où Jul, enfant, s’asseyait-il en classe ? Au premier rang, comme l’élève brillant qu’il était ? Au fond, comme le dessinateur qu’il était aussi déjà et qui, dès le CE2, vendait les photocopies de son magazine aux copains ?

Les années Decroly

« Si ma scolarité s’était déroulée dans le système traditionnel, je ne sais effectivement pas où je me serais situé. Mais je n’ai pas eu à me poser la question ». Jul passe en effet toutes ses années de la maternelle à la troisième sur les bancs de l’école Decroly, une école publique dont la pédagogie laisse une large place à l’épanouissement personnel des enfants.

« Il n’y avait pas de hiérarchie entre les matières nobles et les autres. Je dessinais en cours, mais comme mes résultats ne s’en ressentaient pas, les profs n’en ont jamais pris ombrage ». Des classes aux effectifs limités et une grande part laissée aux initiatives des enfants permettent au jeune Jul de combiner un parcours scolaire de qualité avec l’expression de sa fantaisie et de ses goûts artistiques.

« Personne n’a été brimé dans ses choix. Ceux qui se sont mis à faire de la photo très jeunes sont devenus des grands photoreporters, ceux qui aimaient jouer la comédie sont comédiens aujourd’hui… De la même façon, ce système a aussi formé des médecins, des avocats, des dealers ou des profs… »

Une voie toute tracée

Puisqu’on en parle… Un père, une mère et un frère enseignants : à l’instar d’Obélix, Jul est tout petit quand il tombe dans la marmite. « Toute mon enfance a baigné dans une ambiance post 68, lacano-mammouthienne, très psys, et très profs ».

A la suite d’un imbroglio administratif, le futur père de Monsieur et Madame Dotcom étudie le Chinois en entrant au lycée. Un professeur enthousiasmant et un voyage au cœur de l’empire du Milieu plus tard, l’hérédité aidant, voici Jul embarqué en classe préparatoire, puis à Normale Sup, avant de décrocher son agrégation d’histoire et de se retrouver de l’autre côté de l’estrade. « J’aurais volontiers poursuivi un parcours de chercheur en sinologie. Mais la rigidité qui caractérisait les cursus à l’époque m’a empêché de trouver chaussure à mon pied : j’aurais voulu partir étudier le Chinois classique un an ou deux à Taiwan, mais tout était administrativement trop compliqué ».

C’est aussi l’époque où Jul publie ses premiers dessins d’actualité dans les journaux. Il lui devient rapidement impossible de conjuguer un travail sérieux d’enseignant et de dessinateur. « J’ai dû faire un choix, et je suis passé du côté du dessin. » Un choix d’autant plus simple qu’au fond de lui, Jul ne prend aucun plaisir à enseigner. « Mon tempérament s’accommode assez mal de la position de l’enseignant, avec les répétitions inhérentes à toute pédagogie… »

Dans ses bulles

Comme tous les enfants, Jul a donc dessiné très tôt. Mais il était doué, ne s’est jamais arrêté et a très vite illustré l’actualité. « Le premier dessin du genre mettait en scène Raymond Barre et un serpent monétaire. 
C’est d’ailleurs angoissant, mais je ne pense pas avoir énormément progressé depuis le CE2 !
» Car son talent est rapidement reconnu, au point de lui valoir très jeune sa première récompense officielle : un prix junior, à 12 ans, au célèbre festival d’Angoulême, qui est au 9ème art ce que Cannes est au 7ème.

Treize ans plus tard, il publie son premier dessin dans les colonnes du Nouvel Observateur… sur l’Éducation nationale, bien sûr. « Je ne me souviens plus du gag, mais on y voyait Claude Allègre, habillé en homme préhistorique, avec un mammouth ».

                                    
Imprégné de Gotlib, Franquin, Reiser, des Marx Brothers ou des Monty Python, Jul égaye depuis les pages de l’Humanité, Charlie Hedbo, Fluide Glacial, mais aussi des Echos ou de Philosophie magazine. Il a publié quatre albums dont l’un, « le Guide du moutard », lui vaut le prix Goscinny, l’équivalent de la palme d’Or cannoise, à Angoulême en 2007.

Son dernier opus, « Silex and the City », vient de sortir (pour lire son interview). Il met en scène un couple d’enseignants néandertaliens, en 40.000 avant Luc Chatel, et débute dans la « grotte des profs ». Jul n’a, de toute évidence, pas complètement coupé le cordon qui le relie au monde enseignant. Il l’avoue d’ailleurs sans ambages : « Je garde toujours un œil et une nostalgie du côté de la recherche… »

Patrick Lallemant 

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