Eric Charbonnier : « Il faut augmenter les profs débutants ! »

Les enseignants français ne sont pas assez payés en début de carrière. Le propos n’émane pas d’un responsable syndical mais d’un expert de l’OCDE. Eric Charbonnier, spécialiste de l’éducation au sein de l’Organisation pour le développement et la coopération économiques pose un regard d’ensemble sur le système français.

Vous avez récemment affirmé que les enseignants français n’étaient pas assez payés en début de carrière. Quel est l’écart avec les autres pays de l’OCDE ?

Il est important, tant dans le primaire que dans le secondaire. Dans le primaire, par exemple, le salaire annuel d’un professeur débutant français s’élève à 23.642 $. Il se situe autour de 29.000 $, soit 25% de plus, pour la moyenne des pays de l’OCDE. En Allemagne, il atteint 43.000 $, près du double. En fin de carrière, les enseignants français gagnent certes un peu plus que la moyenne des pays de l’OCDE alors que, pour reprendre l’exemple de l’Allemagne, la progression y est beaucoup moins forte. Mais aujourd’hui, en France plus qu’ailleurs, un professeur débute dans des classes difficiles. Il faut donc revaloriser le salaire des jeunes enseignants. Les 100 euros proposés par le gouvernement constituent une base de départ, mais il faudrait davantage.

Pourtant, ses détracteurs reprochent souvent au système éducatif français de coûter très cher pour, finalement, obtenir des résultats médiocres…

Je n’aime pas ce terme. Si l’on étudie la performance des élèves français à 15 ans en mathématiques, en sciences ou en compréhension de l’écrit, elle se situe au niveau de la moyenne des pays de l’OCDE, ce qui n’est pas médiocre. En observant l’investissement consenti, on pourrait cependant s’attendre à de meilleurs résultats. Mais il n’y a jamais de lien systématique entre l’argent dépensé et les performances. Et, contrairement à une idée reçue, l’explication de ces dépenses élevées ne réside pas dans le salaire des enseignants, mais dans le nombre d’heures dispensées aux élèves. Entre 7 et 14 ans, l’élève français recevra chaque jour environ 1h30 de cours de plus que le Finlandais du même âge.

En quoi est-ce gênant ?

En France, les enseignants consacrent beaucoup de temps à travailler en dehors des salles de cours, en préparations ou corrections. Finalement, le temps qu’ils passent devant les élèves est inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE, alors qu’ils travaillent autant et que les élèves ont des journées plus longues ! Si vous cumulez ces deux facteurs, vous comprenez pourquoi le coût par élève est plus élevé en France qu’ailleurs. Cela aboutit aussi à un rythme trop élevé. Le programme scolaire est tel qu’un enseignant n’a pas la possibilité de revenir en arrière, pour permettre à ceux qui ont décroché de rattraper leur retard. Résultat, un élève français sur trois aura redoublé au moins une fois à l’âge de quinze ans.

Vous pointez également des classes aux effectifs un peu plus importants que la moyenne…

C’est vrai, mais certains pays s’en accommodent très bien. Au Japon ou en Corée, les effectifs sont beaucoup plus élevés. Les élèves y obtiennent pourtant de bons résultats. A mes yeux, seules certaines matières, comme les langues étrangères, demandent des classes plus petites pour en faciliter l’enseignement.

Un peu de science-fiction : je vous nomme ministre de l’Éducation nationale. Quelle est votre première mesure ?

Je commence par refuser le poste ! Mais la première mesure à prendre serait de renforcer la confiance entre chefs d’établissement, enseignants et parents. Ce lien s’est dégradé en France, et c’est aussi une des causes de l’échec relatif. Si le système est performant en Finlande, c’est parce qu’il existe une solidarité dans les équipes pédagogiques et un grand climat de confiance entre parents et enseignants. Il faut donc améliorer la collaboration entre professeurs de différentes matières. Leur formation est également à revoir. Elle est aujourd’hui trop axée sur la connaissance des matières . Dans ce domaine, les enseignants français sont bien meilleurs que dans un grand nombre de pays. Mais leur formation manque d’apprentissage sur le terrain, de stages en communication, qui leur permettraient de mieux transmettre leur savoir.


 


Propos recueillis par Patrick Lallemant

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