Une pédagogie adaptée aux élèves nouvellement arrivés en France

Pas facile d’arriver à l’école, au collège ou au lycée quand on ne parle pas bien ou pas du tout le français. Depuis une vingtaine d’années, l’Éducation nationale se préoccupe de ces enfants dont les parents ont décidé de quitter leur pays d’origine. Le point avec Daniel Verdier, l’un des animateurs du Casnav du Gard1.

Comment êtes-vous alertés de l’arrivée d’un élève dans un établissement de votre secteur ?

Ce sont les directeurs d’établissements qui nous préviennent : chaque année, ils sont destinataires d’une circulaire leur précisant les démarches à effectuer pour obtenir l’aide du Casnav. Lorsque nous sommes contactés, nous rencontrons le directeur et nous bâtissons avec lui un parcours individualisé pour chaque enfant en fonction de son origine scolaire. Le passé de ces enfants est en effet très disparate : certains arrivent avec un « bagage » scolaire dans leur langue d’origine ; d’autres, en revanche, n’ont pratiquement jamais été à l’école.

Quel est le rôle exact du Casnav ?

Il y a deux cas de figure. Soit l’élève est accueilli dans une école où il pourra bénéficier d’une prise en charge en classe d’initiation (CLIN) ou en cours de rattrapage intégré (CRI). Il s’agit là de dispositifs spécifiquement dédiés aux Élèves nouvellement arrivés (ENA). Dans ce cas, l’accueil et la scolarisation de ces élèves sont inscrits dans le projet d’école : enseignants et directeurs connaissent les procédures à mettre en œuvre. Ils peuvent toutefois prendre part à une formation dispensée par le Casnav dans laquelle il leur sera proposé d’approfondir leur connaissance des principes, des techniques et des outils du français langue seconde (FLS), d’actualiser leur connaissance des publics toujours renouvelés, d’échanger et de confronter leurs analyses de pratiques.

Deuxième cas de figure, l’ENA est inscrit dans une école loin des ces dispositifs spécifiques, une école qui n’a donc pas l’habitude de ce type d’accueil. Dans ce cas, à la demande du directeur, un membre du Casnav se rend sur place et rencontre l’équipe pédagogique. Il s’agit de préparer la mise en œuvre des dix prestations définies dans le protocole d’accueil et de scolarisation des ENA.

Concrètement, quels types de conseils donnez-vous aux enseignants ?

Il faut permettre à l’ENA de prendre part à l’activité collective tout en lui proposant un travail particulier. Ainsi, lors d’une dictée, il est utile de lui donner le texte, transformé pour lui en « texte à trous », qu’il devra compléter (quelques mots au départ puis de plus en plus de mots). Il pourra alors prendre part, selon ses capacités, à l’activité collective. Ce faisant, il pourra non seulement progresser en orthographe, mais aussi renforcer la légitimité de son statut d’écolier à ses propres yeux et aux yeux de ses pairs. Il s’agit donc moins pour l’enseignant de faire sienne une démarche spécifique d’enseignement du français en tant que langue étrangère que d’aménager des passerelles individuelles vers l’activité collective. Par ailleurs, on note l’intérêt des TICE et des situations de communication qu’elles peuvent générer. Exemple : un binôme composé d’un ENA et d’un élève francophone face à l’ordinateur pour effectuer des exercices de phonétique ou autre. La communication qui va s’engager entre eux sera bien centrée sur l’usage du français dans la perspective d’apprendre : décrire, expliquer, justifier, argumenter…

Faites-vous aussi appel au tutorat ?

Bien souvent, le tutorat se met en place spontanément : un ou plusieurs élèves français vont épauler l’ENA. Mais le tutorat doit être nourri pour ne pas s’étioler ou même pour éviter d’obtenir des effets non désirables (des tuteurs qui surjoueraient leur rôle et prendraient un ascendant néfaste sur l’ENA). Dans cette perspective, il est nécessaire de faire un bilan prospectif hebdomadaire qui concernera l’ENA et son tuteur. Il faut montrer que, dans ce parrainage, chacun a à y gagner, l’ENA bien évidemment, mais aussi le tuteur qui, dans cette activité, outre l’expérience grandeur nature d’un acte solidaire, prend une distance de plus par rapport à son propre apprentissage. Le tuteur progresse dans le registre du civique comme dans celui du cognitif. Pour renforcer les compétences de tuteurs, on demandera aux élèves pressentis de voir, dans leur propre expérience d’apprentissage d’une langue vivante à l’école, ce qu’ils trouvent facile, difficile, ce qui les aide et de transférer les résultats de cette réflexion à leur approche du tutorat.

Existe-t-il un examen permettant de vérifier l’acquisition des connaissances ?

Dans le Gard, un livret accompagne l’enfant, c’est une sorte de portfolio qui illustre son parcours scolaire au cours de ses deux premières années en France. Chaque enseignant le remplit pour permettre à ses collègues des années suivantes de voir l’évolution de l’enfant et, éventuellement, d’insister plus particulièrement dans tel ou tel domaine d’apprentissage. Depuis 2006, les nouveaux arrivants sont invités, à l’issue de leurs deux premières années de scolarité, à passer un véritable examen, le DELF scolaire (Diplôme d’études en langue française). C’est une forme de reconnaissance pour l’élève. Il s’agit d’un examen national qui se passe pour tout le monde le même jour sur toute la France.

Alain Claude

(1) Le Casnav est le Centre académique pour la scolarité des nouveaux arrivants et des enfants du voyage. Cf. site du Casnav du Gard

Combien d’élèves suivis par le CASNAV du Gard?

Nous sommes présents dans le département du Gard, depuis 2002. En 2008-2009, nous avons accueilli environ 200 enfants sur le département, répartis sur une douzaine de classes de primaires et une douzaine dans le secondaire.

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