Jul et les profs : qui aime bien, châtie bien !

Habitué des colonnes de nombreux journaux ou magazines, de Philosophie magazine à Charlie Hebdo en passant par Fluide glacial, le dessinateur Jul publie son 4ème album de BD. « Silex and the city » raconte l’histoire de la famille Dotcom, en 40.000 av. J.-C.. L’ancien enseignant qu’il est n’a pas pu y retenir quelques coups de griffe. En toute affection.

Monsieur Dotcom, professeur de chasse ; madame, professeur de préhistoire-géo, vous aviez visiblement encore envie d’aller chatouiller l’Éducation nationale…

On ne se refait pas ! Je m’étais pourtant promis, pour une fois, de faire de la bande dessinée d’humour plus classique, pas forcément reliée à l’actualité. J’avais besoin de prendre un peu de champ par rapport à mon travail de dessinateur de presse. Pour être sûr d’imaginer une fiction, j’ai choisi le péplum historique. Et pour qu’il ne puisse y avoir aucun rapport avec aujourd’hui, je l’ai placé le plus loin possible, en 40.000 avant notre ère. Mais on est toujours rattrapé par ses vieilles habitudes, et j’ai échoué ! Tous les thèmes d’actualité se sont précipités à la sauce Néandertal et parmi eux, bien sûr, l’Éducation nationale, les profs, les élèves…

Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé est donc absolument faite exprès ?

L’univers de l’Éducation m’est extrêmement familier et j’en suis un pur produit : mes parents et mon frère sont profs. J’ai enseigné moi-même, après avoir passé des années et des années en tant qu’élève sur différents bancs, de différents formats, dans le ventre du mammouth. Dans le regard que je porte sur l’école, il y a donc comme une nostalgie d’enfance. Ce couple d’homo sapiens que j’ai mis en scène est une espèce de miroir tendu à mes parents, et à toutes les références que j’ai pu connaître dans ma jeunesse. Malgré tout, pour la première fois, je me suis aventuré dans des terres que je n’avais jamais explorées, celles de la satire par l’absurde.

La grotte des profs que vous dessinez, c’est donc « qui aime bien, châtie bien » ?

Probablement. C’est déjà ce qui m’était arrivé lorsque j’avais publié « Il faut tuer José Bové ». J’étais intéressé par les milieux altermondialistes, mais je me rendais bien compte que des types absolument pas fréquentables y côtoyaient les gens les plus louables. Beaucoup de personnes avec qui j’ai étudié sont aujourd’hui enseignants et connaissent une expérience complètement différente de celle que j’ai vécue enfant, de la vision que j’ai pu en garder. Ils sont confrontés à une situation bien plus difficile, conflictuelle, tendue qu’auparavant. Du coup, toute cette parodie du début de l’album, où je reproduis un peu « Entre les murs », de Bégaudeau, c’est une façon de représenter ce désarroi et les tensions qui entourent le 21ème siècle de l’éducation.

Dans un autre registre, pensez-vous que la BD devrait être davantage utilisée en classe ?

Je ne suis pas un missionnaire de la bande dessinée, ni même des arts à l’école. Mais c’est effectivement un domaine qui a sûrement droit de cité et peut se révéler extrêmement utile. J’ai probablement réussi l’agrégation d’histoire grâce à Astérix et Iznogoud et construit une bonne partie de ma culture historique à travers les BD. Et ce n’est pas une fanfaronnade, je me suis vraiment aidé de Lucky Luke ou des Tuniques bleues quand je travaillais sur la guerre de Sécession ! La bande dessinée peut donc constituer un vecteur important, sans doute plus que d’autres aspects de la culture de masse actuelle, bien plus appauvrissants.

Enfin, quel message souhaitez-vous adresser aux enseignants qui vous lisent ?

Bon courage ! (Il rit) J’aurais mauvaise grâce à adresser des messages autres que des encouragements. Je suis admiratif, de façon générale, de la part de dévouement et d’altruisme que représente ce travail. C’est quelque chose dont j’ai fini par me sentir assez incapable : cette gageure, ce pari sur l’avenir, cet optimisme qu’implique la position de l’enseignant. Finalement, la seule solution que j’ai trouvée pour transmettre et améliorer un peu le monde qui m’entoure, c’est le dessin. Mais je me rends bien compte que cela ne remplace pas un travail de longue haleine. Je ne peux donc que m’incliner devant cet engagement.

Propos recueillis par Patrick Lallemant

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