« C’est mon père qui a voulu que j’apprenne le français à l’école primaire, se souvient-elle. Et j’ai eu immédiatement de bonnes notes, ce qui m’a décidé à poursuivre. » Elle soutient une thèse de doctorat sur « la nature dans l’œuvre de Julien Gracq » et suit un cursus universitaire sans faute qui la conduit à la chaire de littérature française de la faculté de philologie de Belgrade.
Gracq aura sans conteste été l’un de ses maîtres dans l’apprentissage du français et celui qui lui a transmis l’amour de la France. « Tout a commencé par une lettre que je lui ai adressée. Il m’a accordé un premier rendez-vous à Paris pour parler de ma thèse et, par la suite, à chaque fois que je suis retournée à Paris, nous avons déjeuné ensemble. »

Faire connaître les auteurs français

Pas étonnant, dans ces conditions, que Le Rivage des Syrtes fasse partie des œuvres traduites en serbe par Jelena. Passionnée, comme son « maître », par le surréalisme, elle traduit également et fait connaître aux Serbes Nadja, d’André Breton puis, du même auteur, les Entretiens. La traduction des Choses, de Georges Perec, est son dernier travail qui doit paraître prochainement.
« À la faculté, précise-t-elle, je travaille essentiellement sur la littérature du XIXe et du XXe siècle, mais aussi sur celle du XVIe. Il existe de très bonnes traductions, y compris pour un système de pensée aussi difficile que Rabelais. Avec mes étudiants, nous discutons beaucoup de ces œuvres, nous essayons de comprendre comment on peut faire passer une pensée complexe d’une langue vers une autre. »
L’un de ses doctorants, par exemple, prépare une thèse sur la comparaison des Mémoires d’auteurs serbes et français au XVIIIe et au XIXe siècle.

Parallèles entre auteurs serbes et français

L’intérêt des Serbes pour la langue française se mesure au nombre impressionnant de traductions, dont celles de Jelena Novakovic, que l’on trouve dans les librairies. Mais on découvrira aussi sur les rayons ses autres ouvrages. « Mon dernier livre, « Recherches surréalistes », est publié à Belgrade, mais en français. Il présente une quinzaine de textes établissant des relations, là encore, entre auteurs des deux pays. » Cet intérêt pour les disciples de Breton, Soupault ou Reverdy, l’a amenée inévitablement à rencontrer Henri Béhar, le directeur de la revue Mélusine, entièrement consacrée au surréalisme. Et c’est elle qui dirige le prochain numéro dont le thème est… le surréalisme serbe.

De la littérature au rugby

Amoureuse des livres, elle en possède environ 5000, elle déclare cependant : « je n’ose plus en acheter, car je ne sais plus où les mettre ». En 1999, au beau milieu de la guerre en ex-Yougoslavie, elle fait partie d’un groupe de professeurs et d’étudiants qui mettront en lieu sûr les ouvrages du Centre culturel français de Belgrade. « Nous les avons entreposés à la faculté de philologie et, lorsque le calme est revenu, nous les avons restitués au Centre. »
Celle qui vient en France au minimum une fois par an, à Paris ou chez des amis à Angers, a transmis son virus à son fils. Sous une autre forme que la littérature. Pour un sport typiquement français : « C’est un joueur de rugby à XIII et il va parfois en France pour pratiquer son sport. En échange, nous recevons l’équipe de Cavaillon à Belgrade. »

Alain Claude