A l’écoute de la violence à l’école

La violence dans les établissements scolaires, où que ce soit sur le territoire, même en zone rurale, est un problème récurrent. L'Education nationale tente d'y remédier, notamment à travers les cellules Écoute Violence installées dans la plupart des rectorats. Témoignages à Orléans et Clermont-Ferrand.

Christian Guerout est le proviseur vie scolaire de l’académie d’Orléans. Ancien chef d’établissement dans plusieurs lycées de la région parisienne, il connait, par expérience, la violence, physique ou verbale. Il est aujourd’hui responsable de la cellule Écoute Violence d’Orléans, au sein de laquelle trois personnes répondent aux appels. « La cellule s’adresse aux parents, aux personnels et aux élèves, précise-t-il d’emblée. Nous sommes joignables gratuitement par téléphone. »

Rassurer et agir

A Orléans, on reçoit une trentaine d’appels chaque année. « Lorsque ce sont des élèves, explique M. Guerout, le racket est souvent à l’origine de l’appel. Ces jeunes sont en général en souffrance, marginalisés par les autres. » Les appels émanent également des parents (pour des actes à l’encontre de leurs enfants) ou des membres de la communauté éducative, qui peuvent être victimes d’agressions ou de menaces.

Le rôle de la cellule est alors de rassurer, d’écouter et d’agir. « Nous alertons, si ce n’est déjà fait, le chef d’établissement. Un protocole de signalement est ensuite mis en œuvre : s’il s’agit d’un problème de violence à la maison, nous pourrons alerter les services sociaux. En cas de violences physiques à l’école, nous conseillerons à la victime de porter plainte auprès du procureur. » L’officier de prévention référent (gendarme ou policier qui intervient habituellement dans les classes pour présenter le rôle de la police et les droits et devoirs de tout citoyen), lorsqu’il existe, pourra aussi être sollicité pour conduire de nouvelles actions de formation.

Autant de mesures qui semblent évidentes, mais qui ne le sont pas forcément pour de jeunes victimes. « Alerter l’équipe de direction peut en effet effrayer la famille ou l’enfant, affirme Christian Guerout. Ils craignent parfois d’être stigmatisés. C’est la raison pour laquelle les premiers appels sont anonymes, même si, face à un cas grave, il faut ensuite entamer les procédures nécessaires et inévitablement lever l’anonymat. »

Christian Guerout insiste sur le rôle de la cellule : « elle est une forme d’exutoire. Le seul fait d’être écouté peut parfois suffire à redonner confiance ». Et note qu’un appel émanant d’un personnel est souvent le signe soit d’une situation psychologique personnelle grave, soit d’une ambiance telle dans l’établissement qu’elle nécessite une réorganisation urgente.

Prévention plutôt que guérison

Comment détecter ou prévenir une situation de violence ? Comment réagir face à un tel acte ? Éric Chenal, responsable de la cellule du rectorat de Clermont-Ferrand, répond en un mot : « vigilance ». « Au moindre doute, par exemple lorsqu’un élève semble décrocher alors qu’il n’a pas habitué son professeur à avoir de mauvais résultats, il faut d’abord en discuter avec lui. Ensuite, si le problème perdure, il faut s’en ouvrir au CPE ou au chef d’établissement. » Éric Chenal ajoute qu’il vaut « mieux avoir un entretien pour rien plutôt que de passer à côté d’un vrai problème. »

Il a toutefois conscience que cette détection peut être très difficile, « certains élèves victimes de violences allant au contraire se réfugier dans le travail ».

Au final, « il faut que chacun (y compris l’assistante sociale ou l’infirmière) joue le rôle qui est le sien, avec ses compétences et son expertise ; il ne faut pas jouer les apprentis sorciers et, je le répète, la meilleure solution pour détecter la violence et y remédier, c’est la vigilance permanente et le travail en équipe. »

Alain Claude

(1) Dans l’académie d’Orléans, c’est le 0.800.320.279, un numéro qui change selon les académies et que l’on peut trouver sur chacun de leur site : www.ac-nom de l’academie.fr

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