Etats généraux de la formation des enseignants : quelles pistes ?

Le 29 septembre se déroulait à la Maison de la Mutualité à Paris une journée dédiée à la synthèse* des Etats généraux de la formation des enseignants. Ces Etats généraux, lancés en mai dernier par la CDIUFM**, la CDUS et la CDUL, sous l’égide la CPU, ont consisté en une consultation publique électronique sur la réforme de la formation des enseignants. Bilan de cette journée.

La réforme de la formation des enseignants est toujours au cœur de l’actualité, puisqu’après la publication au JO du 29 juillet 2009 des décrets modifiant les modalités de recrutement des professeurs, c’est en décembre prochain qu’un texte ministériel de cadrage des maquettes des masters enseignement est attendu.
Les Etats généraux de la formation des enseignants ont été lancés par la la CDIUFM, la CDUS et la CDUL, et soutenus par la CPU, pour pallier l’absence de débat officiel à ce propos, a tenu à souligner, en ouverture de la journée, le président de la CDUL, Jacques Migozzi. Le document rédigé suite à cette consultation nationale sera d’ailleurs transmis aux ministres de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur, en espérant qu’il pèsera sur les décisions à venir.

Un « nouveau mode de pensée »

Patrick Baranger, président de la CDIUM sortant, et en activité au moment du lancement de ces états généraux, est intervenu longuement le 29 septembre pour en présenter les résultats. Il a tout d’abord donné des chiffres : en tout, de mai à juillet 2009, 212 contributions ont été recueillies (34% des contributions proviennent de formateurs d’enseignants et 31 % d’enseignants du supérieur ndlr). Il a indiqué ensuite qu’il se dégage de cette synthèse un « nouveau mode de pensée ». Le « clivage stérile » entre savoir académique et compétence professionnelle semble dépassé au profit d’une articulation réelle entre ces deux éléments dans la formation de l’enseignant. Ce qui implique une conception nouvelle : elle ne devra plus suivre un modèle « consécutif », mais « simultané ». En gros, on ne peut plus envisager une formation disciplinaire puis une formation professionnelle (comme c’est le cas actuellement, où la formation IUFM démarre après la réussite au concours), mais il faudrait passer à une formation où les deux soient menées de front. Le régime de « l’alternance » entre les deux types de formation serait la meilleure solution, avec une place majeure réservée aux stages pratiques. Patrick Baranger explique que dans un tel dispositif, « formateurs universitaires et formateurs de terrain doivent travailler main dans la main ».

La recherche et le métier vus différemment

La recherche ferait également partie intégrante de cette formation : elle doterait en effet l’enseignant d’une méthodologie lui permettant de faire face aux situations très diverses auxquelles il est aujourd’hui confronté et de prendre le recul nécessaire face à ses pratiques. Autre innovation majeure : si chaque enseignant de la maternelle à l’université a même dignité et doit avoir même reconnaissance salariale, les métiers sont différents. Tous les masters et concours enseignants ne doivent pas respecter un modèle identique. « Pourquoi les dispositifs de recrutement et de formation devraient-ils être les mêmes pour des métiers différents ? » Patrick Baranger a soulevé cette question importante, tout en insistant sur le maintien indispensable du concours républicain. A côté de cette autre question : l’université réussit très bien à conjuguer savoir scientifique, pratique professionnelle et concours dans les formations des médecins, des ingénieurs et des juristes, pourquoi ne serait-ce pas possible pour les enseignants ?
Daniel Filâtre, membre de la CPU et coordonnateur du groupe « inter-conférences universitaires », présent lors de cette journée, a tenu à souligner que la réforme de la formation des enseignants étaient une des « plus grandes réformes en cours ». Il faut la réussir : « une autre crise universitaire n’est pas envisageable ».

« Enseigner est un métier d’expert »



Philippe Meirieu a également pris la parole. Il note que dans la synthèse des états généraux, tout le monde est d’accord pour reconnaître qu' »enseigner est un métier d’expert », et que « savoir », ce n’est pas « savoir enseigner ». Pourtant, un immense décalage existe entre le politique et l’opinion d’un côté et le consensus des professionnels de l’autre sur le métier d’enseignant. Pour les premiers en effet, l’aspect professionnel est très accessoire. Ce qui se traduit par l’attaque en règle dont sont victimes les IUFM depuis leur création. Seul en effet le savoir disciplinaire importe. Opinion d’ailleurs longtemps partagée par la communauté universitaire, a vigoureusement reproché Philippe Meirieu, tout en saluant l’évolution positive de son point de vue, la CPU ayant finalement rejoint la CDIUFM dans son combat. Il a aussi insisté lors de son intervention sur la nécessité d’une formation continue, cette notion étant totalement absente de la synthèse.

Quelle place pour le concours ?

Lors de cette journée, le problème global posé reste encore celui de la place du concours. Cette place est absolument déterminante pour l’organisation de la formation, pour Daniel Filâtre. La meilleure solution serait peut-être celle d’un concours en deux temps, portant sur la discipline en fin de M1, puis sur le professionnel en M2. Un concours en fin de M2 n’est pas jugé positivement par la majorité des contributeurs aux états généraux. Le risque d’avoir un nombre important de recalés serait en effet trop grand.
A l’issue de cette journée se sont dessinées des perspectives ambitieuses et novatrices pour le métier d’enseignant, que la formule de Patrick Baranger résume parfaitement  : « Osons la formation universitaire scientifique et professionnelle des enseignants ». Un challenge difficile certes –mais pas impossible.

                                                                                Sandra Ktourza


*la synthèse est disponible en ligne
** Conférence des directeurs d’IUFM (CDIUFM), Conférence des présidents d’université (CPU), Conférence des directeurs des UFR de lettres, langues, arts, et sciences humaines et sociales (CDUL), Conférence des directeurs des UFR scientifiques des universités françaises (CDUS)

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