Comment définiriez-vous le rôle pédagogique du chef d’établissement ?

Pour moi, le chef d’établissement organise et pilote l’action pédagogique de son établissement en lui donnant des objectifs et surtout un sens. A un rôle d’initiateur s’ajoute une mission de veille : il est le garant de la qualité du service rendu aux élèves et doit s’assurer que l’établissement fonctionne conformément aux décisions qui ont été prises, soit localement, soit à l’échelon national. C’est d’autant plus important que, dans le cadre des programmes et des instructions nationaux, le centre de gravité du système éducatif a changé : ce n’est plus l’administration centrale, c’est l’établissement scolaire. Premier acteur de la lutte contre l’échec scolaire, son chef doit rendre le système éducatif plus efficace pour les 15% d’élèves en difficulté depuis le cours préparatoire, à l’entrée en 6ème, et qui quittent l’école sans qualification.


Quels exemples concrets donneriez-vous pour l’illustrer ?

Ils sont nombreux. Le décret de 1985 modifié et la loi d’orientation de 2005 fixent une douzaine de domaines où s’exerce la responsabilité du chef d’établissement, incluant par exemple le choix de sujets d’étude spécifiques à l’établissement ou l’interdisciplinarité. Pour être encore plus concret, le principal d’un collège qui utilise les moyens dont il dispose pour mener des actions de soutien auprès de tel ou tel groupe d’élèves effectue un choix pédagogique. Il peut aussi demander aux enseignants d’une même matière de travailler ensemble, leur proposer d’organiser des devoirs communs, de prendre en charge des groupes de niveaux plutôt que des classes… Au quotidien, il doit aussi régulièrement s’intéresser au cahier de textes de chaque classe, pour vérifier que les cours s’enchaînent régulièrement, que les travaux écrits sont suffisamment nombreux et régulièrement corrigés…


Ce rôle le place-t-il plus près des enseignants de son établissement ou des personnels d’inspection et du pilotage de l’académie ?

Nous touchons ici un point essentiel : le chef d’établissement est les deux à la fois. Représentant du ministre dans son établissement, il participe à ce titre, comme les autres cadres que sont les inspecteurs et avec eux, au pilotage de l’académie. Mais le chef d’établissement est aussi le président du conseil d’administration dont il exécute les décisions, notamment d’ordre pédagogique après consultation du conseil pédagogique. A ce titre, il est bien au plus près des enseignants de son collège ou de son lycée.


Comment, en termes d’emploi du temps, le chef d’établissement peut-il concilier ces impératifs pédagogiques avec ses obligations administratives ?

Ce n’est pas tant une question de temps que d’organisation et de mode d’animation. Un chef d’établissement est efficace pédagogiquement s’il sait construire des relations sociales et faire reconnaître son autorité dans un processus collectif. Il doit donc constituer une véritable collégialité en amont de ses décisions, donner du pouvoir et des responsabilités à son ou ses adjoints, au gestionnaire, au CPE, au conseil pédagogique. Il conforte ainsi son rôle pédagogique et se donne le temps et le recul nécessaire pour remplir ses missions, il est vrai nombreuses et complexes.