Sophia Aram :  »j’ai de la tendresse pour les enseignants »

Son spectacle Du plomb dans la tête* fait un tabac ! Si le one-woman-show de Sophia Aram est avant tout une comédie hilarante et caustique, elle met le doigt sur les dysfonctionnements de l’école de façon très sérieuse. Sophia Aram nous dévoile comment elle a construit son spectacle et voit parents et enseignants.

Avez-vous puisé dans la réalité pour construire votre spectacle, où les personnages sont tout de même très impressionnants**?

Oui, je suis partie de la réalité que j’ai bien sûr caricaturée. La directrice d’école par exemple est un peu ma prof de français de première, qui avait voulu me réorienter en classe de BEP. Or j’ai eu d’excellentes notes au bac de français –que je lui ai d’ailleurs montrées… Mais l’idée de ce spectacle est partie du personnage de Farida, que j’ai réellement rencontrée en réunion de parents d’élèves –et édulcorée dans mon spectacle… Puis, j’ai observé des choses en réunion de parents d’élèves, entendu des récits terribles sur les cellules de soutien psychologique à l’école, ou encore discuté avec des amies enseignantes pour construire le personnage de la jeune stagiaire IUFM. Je me suis aussi inspirée de tous les excès des mamans que je vois, qui n’arrivent pas à couper le cordon avec leur enfant, et sont hyper-angoissées quand elles doivent le laisser à l’école. C’est en partant de cela que j’ai construit le personnage de la mère de Marie-Caméliane, qui allaite encore sa fille à cinq ans.

Pour vous, les parents exagèrent ?


Pour moi, l’école doit rester le lieu des enfants. Et ce que j’ai voulu dire dans le spectacle, c’est que les parents étaient trop présents. Tous les types de parents, car j’ai montré une école où il y avait un vrai brassage social. Malheureusement dans la pratique, ce n’est plus trop le cas, à part en primaire, alors qu’à mon époque, j’ai eu la chance de le vivre.

Comment s’est passée votre scolarité, quelle élève étiez-vous ?

J’ai fait ma scolarité à Trappes et j’y étais très heureuse. Moi, enfant d’immigrés vivant en HLM, je côtoyais des enfants de médecins et autres, parce que le projet pédagogique de mon lycée attirait tous les milieux. Le projet en effet était de faire venir à Trappes les élèves de toutes les villes paisibles des Yvelines environnantes. Pour moi, ce brassage a été très enrichissant. Aujourd’hui, c’est terminé, le projet pédagogique n’existe plus et le lycée est devenu un ghetto et n’accueille plus que les enfants de Trappes. Mes années lycée étaient mes plus belles années. C’est là que j’ai découvert le théâtre grâce à mes profs qui étaient extraordinaires. C’est pour ça que j’ai de la tendresse pour les enseignants. Ils ont été importants dans ma vie.

Cela se ressent, car l’enseignante que l’on voit dans votre pièce –enfin on la voit au paradis puisqu’elle s’est suicidée- Nicole Gibon, est un des personnages les plus attachants !

Oui, c’est vrai, et les spectateurs l’aiment tellement qu’ils ont créé sur Facebook le Groupe pour ressusciter Nicole Gibon ! Tout le monde a eu une maîtresse comme elle, dévouée, qui aime vraiment les enfants, celle que l’on oublie pas. Mais il y a d’autres enseignants aussi dans la pièce : la directrice d’école et la stagiaire IUFM -un vrai poids pour Nicole Gibon, obligée de prendre en charge une partie des élèves qu’elle est incapable de gérer. Et la directrice incarne la rigidité de l’institution, obsédée par son programme -malgré le suicide de sa collègue- ce qui la rend inhumaine.

Comment réagissent les enseignants lorsqu’ils viennent voir votre spectacle ?

Au départ, comme je ne suis pas moi-même dans le milieu enseignant, je pensais faire un spectacle qui parlerait aux parents, où l’on verrait la caricature des parents. Et en fin de compte, le spectacle attire beaucoup les enseignants. Et ce que j’apprécie, c’est qu’une fois le spectacle terminé, ils viennent me parler de leur expérience. Ce qui prouve qu’il les touche.

Jusqu’à quand se poursuit votre tournée en France et avez-vous d’autres projets ?

Ma tournée (accompagnée de la sortie du DVD du spectacle) sur Du plomb dans la tête se poursuit jusqu’en 2011. Et je prépare en parallèle un nouveau spectacle pour l’été prochain. Il portera sur les croyances et la laïcité.


 


 


                                            Propos recueillis par Sandra Ktourza 


 



*Cellule de crise à l’école maternelle du Petit Prince, la maîtresse des moyens s’est refroidi la cervelle. La directrice organise le soutien psychologique des parents d’élèves… Pour
en savoir plus


 **la directrice d’école qui propose un atelier artistique sur les murs de l’école avec les taches de sang de la maîtresse suicidée, la mère de Marie-Caméliane qui allaite encore sa fille de cinq ans, Farida la mère psychopathe etc

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