François de Closets : « Je veux sauver l’orthographe ! »

Le dernier livre de François de Closets1 a relancé la polémique sur une éventuelle réforme de l’orthographe. Le journaliste affirme pourtant y être désormais lui-même opposé. Il milite en revanche pour une évolution de son enseignement.

Vous attendiez-vous à ce que votre livre suscite un débat aussi enflammé ?

Pas le moins du monde ! L’accueil médiatique réservé à ce livre dépasse, et de très loin, tout ce que j’ai connu pour la vingtaine d’ouvrages que j’ai déjà publiés. J’y vois à l’évidence le signe de la passion française qui se traduit déjà, quelques jours à peine après la sortie, par la crispation française ! Parce qu’en France, l’orthographe est une véritable religion. Y toucher, c’est remettre en cause nos cathédrales ! Or je suis, plus que quiconque, respectueux de notre langue et de notre orthographe dans ce qu’elle a d’essentiel.

Vous reprochez à l’orthographe d’être devenue un élément de ségrégation. Mais en avouant votre propre faiblesse en la matière, ne devenez-vous pas finalement votre meilleur contre-exemple ?

C’est vrai que j’ai commis une véritable transgression en avouant avoir eu des problèmes avec l’orthographe, alors que c’est finalement le cas de la moitié de la population française. Entendons-nous bien, j’espère ne pas faire de fautes de grammaire ou de vocabulaire. Mes fautes ne concernent que la graphie des mots, qui relève uniquement de la mémoire. Mais j’ai failli être éliminé des études supérieures pour cette seule raison. Sans fausse modestie, cela prouve manifestement que le critère de l’orthographe appliqué pour juger de la valeur intellectuelle d’une personne n’a aucun sens.

Nous n’en sommes tout de même plus là aujourd’hui, et bien des étudiants de l’enseignement supérieur commettent deux ou trois fautes d’orthographe par ligne…

Justement… Cette religion de l’orthographe à l’ancienne est en train de s’effondrer, en même temps hélas que la compétence en français. Or, lorsque vous faites une faute portant sur la grammaire ou le sens des mots, vous attentez à ce qui est depuis cinq siècles le socle inchangé de la langue française. Quand, en revanche, vous oubliez un accent ou une consonne redoublée, vous vous situez dans un domaine qui n’a cessé d’évoluer jusqu’à la grande glaciation du XIXème siècle. L’orthographe ne constitue pas l’une des bases de la langue. Alors, cessons de tout confondre. Oublier un trait d’union ne me semble pas du même ordre que faire une faute de conjugaison ou ne pas accorder un participe passé.

Que préconisez-vous, finalement ?

Je veux sauver l’orthographe et le français de la débâcle actuelle. Regardons les choses en face : l’enseignement de notre langue est entré en perdition. Or, le retour au passé et à l’école de la troisième République n’est plus possible. Il est, à l’inverse, trop tard pour simplifier l’orthographe. La solution, il faut donc la trouver en observant la fabuleuse mutation de l’écriture que nous vivons depuis 20 ans, en en tirant les conséquences, mesurant les dangers et utilisant les ressources. L’écriture doit épouser son temps. Les jeunes écrivent sans arrêt, mais il ne s’agit plus de textes destinés à être conservés, ce sont des propos qu’ils échangent. Ils mènent des conversations écrites en langage SMS. Ils ont désacralisé l’orthographe, et l’infamie qui s’attachait à toute faute va forcément se relativiser.

Faut-il les y encourager ? De toute façon, le débat semble clos, puisque Luc Chatel a d’ores et déjà repoussé l’idée d’une réforme de l’orthographe…

Mais je n’en veux pas non plus et cette querelle imbécile n’a aucune raison d’être ! Pour moi, le temps de la réforme est malheureusement passé. Ce n’est cependant pas une raison pour continuer à enseigner l’orthographe comme on le faisait en 1950. Les jeunes pratiquent en permanence l’écriture sur clavier, et c’est ce qu’ils feront toute leur vie. D’autre part, ils disposeront toujours de correcteurs intégrés, de la même façon que nous avions le dictionnaire. Une fois l’écriture manuscrite maîtrisée, utilisons ces outils ! Le correcteur d’orthographe ne peut être utile qu’à celui qui connaît la grammaire et le vocabulaire. Intégrons-le donc dans l’apprentissage du français. Il sera très efficace pour améliorer les performances si c’est un professeur qui explique comment s’en servir, faisant de l’apprentissage de la grammaire et du vocabulaire la condition même de son utilisation. C’est d’ailleurs déjà le cas dans beaucoup d’autres pays.

Propos recueillis par Patrick Lallemant

(1) « Zéro faute : l’orthographe, une passion française », Editions 1001 nuits, 318 pages, 20,90€

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