Série de l’été – Micro-trottoirs : Pensez-vous que l’école joue son rôle d’ascenseur social ?

Est-ce que l'école de la République est encore là pour aider ceux qui en ont le plus besoin ? C'est l'interrogation au coeur du cinquième et dernier volet de notre série estivale de micro-trottoirs franciliens.

L’ascenseur social, « qu’est-ce que c’est que ça ? »

Les rouages de l’ascenseur social ont l’air bien grippés, comme bientôt les écoliers paraît-il ! « Pensez-vous que l’école joue encore son rôle d’ascenseur social ? » C’est la question que nous vous avons posée. Mais le terme ‘ascenseur social’ apparaît comme problématique : « Qu’est-ce que c’est que ça ? » laisse échapper Jeanne, 34 ans, secrétaire. « C’est pas quand on va en retraite ? » demande Charles, 18 ans. Il semble bien que cette idée ne soit plus dans l’air du temps : « Je ne sais pas », « Je vois pas », « Heu… » restent les réponses les plus répandues. Pour certaines personnes, le concept est encore parlant, mais elles sont loin d’être majoritaires : « L’ascenseur social, ça permet probablement de monter l’échelle sociale, » observe Jean-Claude, 48 ans, couvreur. « C’est pas, genre, quand un fils d’ouvrier devient cadre ? » se rappelle Karim, 25 ans, animateur de camp de vacances. C’est en effet l’illustration la plus classique. Mais comment expliquer que notre question amène si peu de réponses, en particulier auprès des jeunes et des actifs ?

« Pour moi, le seul ascenseur social, c’est le travail »

Si le concept n’évoque plus grand-chose aux nouvelles générations, c’est peut-être parce qu’il n’est plus d’actualité. Il serait presque plus pertinent de parler de descenseur social, en ces temps joyeux de crise économique et de compressions de postes… « On va être la première génération depuis un siècle à être moins bien placée que nos parents, à diplôme égal, » affirme Juliette, étudiante en philosophie de 22 ans, qui a « entendu ça à la radio ». Et certains sondés refusent le débat sur le rôle de l’école parce que pour eux, les diplômes et les études ne résument pas une vie. A l’exemple d’Alain, 62 ans, retraité de la police : « Pour moi, le seul ascenseur social, c’est le travail. Mes parents n’ont pas étudié, mon père était cuisinier, il a fini par acheter son petit restaurant… Il a eu une belle vie. Il y a des gens très heureux qui ne sont jamais allés à l’école ! »

« Les gens surdiplômés ne trouvent pas plus de travail »

Encore plus pessimiste que Juliette et Alain, Alexis, 71 ans, retraité du tourisme, juge carrément que « l’école n’a jamais été un ascenseur social ! » « Ca fait une belle image d’Epinal, de parler des instits de la Vème République, mais j’y ai jamais cru, » affirme-t-il ainsi. « Un ascenseur social ? Non, non. Mes raisons ? Il n’y a qu’à voir la société comme elle est ! » suggère Noëlle, 78 ans, comptable à la retraite. Même le travail et les diplômes ne servent plus à rien, surtout si on ne part pas favorisé au début : « Aujourd’hui, les gens surdiplômés ne trouvent pas plus de travail que ceux qui n’ont rien, de toute façon, » remarque Joëlle, 47 ans, mère au foyer. Et Anne, 38 ans, pourtant enseignante, enfonce le clou : « Les gens qui ont des parents cultivés partiront toujours avec de meilleures chances dans la vie… »

« J’ai fini l’école en quatrième »

L’école ne jouerait-elle donc aucun rôle dans l’ascenseur social ? On est en droit de se poser la question en entendant Giselle, 67 ans. Elle a « fini l’école en quatrième », n’a « jamais appris l’anglais », a grandi dans une famille « de huit enfants »… Elle ne plaidera pas non plus en faveur de l’école de la République, elle qui a débuté simple ouvrière pour finir sa carrière cadre supérieure dans le commerce. Elle rejette avant tout la faute sur l’entreprise moderne : « Le problème, c’est qu’avant on pouvait entrer dans un bureau et gravir les échelons un par un. Aujourd’hui la situation est figée, on reste bloqué au niveau qu’accorde son diplôme. » La raison ? « Il y a 20 ou 30 ans, les patrons avaient un vivier de personnes, d’employés, qu’ils connaissaient bien et qu’ils pouvaient valoriser. Aujourd’hui, les départements de ressources humaines ont un vivier de diplômes anonymes… Malgré leur nom de ‘ressources humaines’, c’est complètement déshumanisé et ça ouvre la voie à la surenchère des qualifications. »

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