Série de l’été – Micro-trottoirs – Près de 90% de réussite au bac général cette année : le bac conserve-t-il encore sa valeur ?

C'est la question que nous avons posée lors de notre quatrième micro-trottoir francilien de l'été. Une réussite trop spectaculaire ?

Un taux suspect

88,8% de reçus au baccalauréat général, c’est du jamais vu. Et le taux de réussite est en progression régulière depuis 1984 (il dépassait alors péniblement 65%…) Le diplôme de base du système universitaire français conserve-t-il encore sa valeur ? « Moyennement, » reconnaît Jules, 18 ans, qui vient pourtant de le passer avec succès. Au vu des chiffres, les réponses sont peu surprenantes : « 90%, c’est suspect, » remarque Renée, 85 ans, retraitée de la presse. « Ca fait beaucoup ! ça rabaisse le niveau… » déplore Alya, 26 ans, esthéticienne. « Le bac est donné aujourd’hui ! » s’exclame Luce, 66 ans, pharmacienne à la retraite. En tout cas, on dépasse ces dernières années l’incroyable taux d’admission de l’année 1968 (81%), où le bac avait été intégralement passé à l’oral. D’ailleurs, à propos d’oral… « Ca mériterait qu’on supprime le rattrapage, » maugrée Henri, 60 ans, chef d’entreprise à la retraite, dont la carrière a été saturée « de lettres de bacheliers qui ne savaient pas écrire ! »

Nécessaire sans être suffisant

Puisque le bac est presque devenu une plaisanterie, on songe plutôt à la suite… « Il y a trente ans, on pouvait tout avoir avec un bac. Maintenant il faut faire des études supérieures, ou suivre la filière pro, » assure Hugues du haut de ses 18 ans, qui vient justement de finir un CAP tailleur de pierres. « Il faut aller plus loin, en faire plus, au moins bac+2 pour avoir un job correct, » estime Youssouf, 28 ans, responsable d’un atelier de découpe. « Aujourd’hui, on n’a rien sans une licence » minimum : nombreux sont les sondés à en être convaincus. 

Les autres possibilités

Peut-on pour autant jeter le bac aux oubliettes ? « La connaissance n’est plus assez valorisée : on est dans une société du paraître et ça, c’est dommage. Au moins, le bac fixe des objectifs aux jeunes, » note Stéphane, 43 ans, technicien dans le cinéma. Mais le bac ne suffit plus, on l’a vu. « Il faudrait peut-être plus de contrôle continu, » suggère Noémie, 46 ans, mère au foyer. Mais est-ce que cela rendrait l’épreuve plus sélective ? Nos nombreux bacheliers restent encore près de 50% à échouer dès la première année de licence… « Aux Etats-Unis, il me semble qu’il y a un test d’entrée aux universités : on pourrait toujours mettre ça en complément » du bac, imagine Jean-Rémy, 34 ans, graphiste. Emilie, 23 ans, en quatrième année de médecine, n’oublie pas la solution la plus simple : « Et si on rendait les épreuves du baccalauréat un peu plus difficiles ? » Mais il faudrait alors trouver des débouchés pour les recalés, et s’attendre à quelques injustices… La question reste épineuse.

L’épreuve du dépaysement

Quoi qu’il en soit, les lycéens français ne sont décidément pas à plaindre. Car le bac français s’est exporté au-delà de nos frontières – mais pas toujours dans des conditions aussi enviables ! Marcel, 36 ans, agent de sécurité, a fait ses études en Afrique. « En France les profs font tout pour que les élèves réussissent, » affirme-t-il. « Pour moi les bons résultats sont dus au travail. » Mais à l’aspect matériel également : « En Afrique, on nous parlait de matières qu’on ne voyait même pas ! Ici, il y a la théorie et la pratique, et ça fait aussi la différence. Moi, j’ai fait un bac scientifique sans jamais voir une éprouvette… »

Partagez l'article

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.