La fondation Gates pèse déjà un poids certain dans la politique éducative des Etats-Unis, ayant injecté plus de deux milliards de dollars dans son système d’enseignement public. Après avoir amélioré les conditions matérielles dans des écoles en difficulté, elle veut maintenant découvrir comment motiver et ‘optimiser’ les enseignants. La nouvelle vient d’être relayée par l’Associated Press. En étudiant des professeurs de plusieurs grandes villes sous toutes les coutures et dans des situations inédites, elle compte livrer d’ici cinq ans la recette magique d’une bonne pédagogie.

Les districts scolaires* ont été légion à se porter candidats pour cette étude. Ils ne vont pas hésiter, par exemple, à envoyer de bons professeurs dans les pires classes possibles. Tandis que d’autres seront réassignés, notés, entraînés, protégés, remodelés en coachs ou en mentors, ou encore virés – hé oui – s’ils se révélaient trop notoirement incompétents… Au bon vouloir du programme éducatif de la fondation privée. Ce sera le « New Deal » de l’éducation américaine : l’argent coulera à flots (quelque 500 millions de dollars), et servira à financer toutes les expériences pédagogiques imaginables. Il est même prévu de filmer des milliers d’enseignants en action. L’objectif est de découvrir si la performance du professeur en classe est en relation avec les résultats des élèves. Ou pour être plus clair : est-ce qu’un bon professeur fera forcément de bons élèves ? et est-ce qu’un mauvais professeur fera obligatoirement de mauvais élèves ?

Le secret de la réussite scolaire sera-t-il pour autant dévoilé ? John Wilson, directeur exécutif du plus grand syndicat enseignant américain, s’est dit content de voir menée cette recherche indépendante sur l’efficacité des professeurs. Mais dans l’ensemble, la prudence prime : « Nous voulons tous des écoles formidables pour chaque élève. Il est assez difficile de savoir comment y arriver, » avoue-t-il.

Ce douteux patriote aurait-il déjà oublié ?… « Yes, we can ! »

* La plupart des Etats américains ont délégué tout pouvoir concernant l’éducation publique à des school boards, boards of trustees, ou encore school committees. Ces comités éducatifs sont élus par vote populaire ou nommés par des officiels locaux, et présidés par un superintendent (souvent, un membre expérimenté du personnel de direction). Ils règnent sur des « districts scolaires » (school districts) de taille variable, pouvant aller d’une ville à tout un canton (on compte en moyenne 62 counties, ou cantons, par Etat).