Série de l’été – Micro-trottoirs : Est-ce que vous aimiez l’école quand vous étiez élève ?

Le troisième micro-trottoir de notre série estivale met en avant des contrastes surprenants dans les souvenirs scolaires des Franciliens.

Quand les bons élèves ne font plus de zèle…

« Est-ce que vous aimiez l’école quand vous étiez élève ? » Auprès des (ex-)forts en thème, aussitôt dit, aussitôt… c’est l’amnésie. Leur arracher quelques mots devient une épreuve de force : « J’étais une bonne élève. Je n’ai pas de regrets, » se contente d’expliquer Hélène, 82 ans, traductrice à la retraite. « Bons professeurs, bonne équipe, bonnes notes, » synthétise Nathalie, 35 ans, assistante de formation. « Que des bons souvenirs, » murmure Frédéric, 18 ans, son bac en poche… On dirait que les phrases ont été apprises par coeur ! Aucun des sondés qui s’auto-proclament « doués » n’a rien à ajouter à ce genre de bilan sans saveur. Mais le formatage ne semble avoir lieu qu’à la sortie de l’école. Hamma, 17 ans et encore au lycée, autre bonne élève, est la première à réfléchir réellement à la question : « Je n’aime pas la façon d’enseigner. C’est trop strict : on ne peut pas penser librement. On lit trop de livres imposés, au lieu de pouvoir choisir ! »

Quand ceux qui les abandonnent regrettent le plus leurs études…

Curieusement, ceux qui se rappellent in extenso des bons côtés des études sont aussi ceux qui les ont écourtées. « C’était mon enfance ! Il y avait les virées en boîte, entre potes, on sortait, on faisait des conneries… Maintenant j’ai un travail, une famille, » semble regretter Yucel, 32 ans, conducteur de travaux. Les espoirs prématurément déçus se cristallisent alors autour d’une école un peu idéalisée : « Ouais, j’aimais ça ! Et maintenant l’école me manque. Je suis allé jusqu’au niveau bac+2. J’aurais voulu terminer mes études – mais il y a vite eu la vie de famille : des bouches à nourrir, le loyer à payer… C’était incompatible, » confie Amar, 33 ans, commercial. Quant aux sondés qui ont atteint leurs objectifs malgré leur échec scolaire, ils ne croient pas l’avoir mérité ! « J’ai arrêté l’école à 16 ans, j’ai enchaîné sur un stage dans un théâtre, puis dans un club… Mais je ne dis pas que je suis un bon exemple à suivre ! J’ai eu de la chance, » avertit ainsi spontanément Marc-Antoine, 39 ans, technicien son et lumières.

Quand les jeunes oublient mais que les aînés se rappellent…

Parmi ceux qui ont mené leur cursus à leur terme, les souvenirs sont étonnamment plus vifs chez les personnes d’un certain âge ! A l’image de Jacques, 63 ans, retraité en logistique de transport : « J’ai d’abord fait un lycée technique d’Etat – bon, ils préféraient appeler ça ‘école de commerce’ pour faire plus joli… J’ai fini ma scolarité sur un BTS Distribution, c’est un diplôme rare, il n’a existé qu’un an ! Comme c’était en 1968, je ne l’ai même pas passé mais je l’ai eu quand même ! » Et ainsi de suite, les anecdotes se succèdent dans l’enthousiasme… Visiblement, les années woodstockiennes de certains laissent à l’âme une empreinte indélébile. Mais cette joie de se remémorer les années d’études dans le détail a une autre raison. Denis, 70 ans, retraité de l’administration, la rappelle incidemment : « Dans ces années-là on prenait plaisir à apprendre, parce qu’il y avait beaucoup de gars qui allaient travailler à l’usine ! » Du coup, ce ne sont pas les décennies qui effaceront le privilège d’une éducation correcte. Alors que Nathalie, déjà citée, conclut par un laconique « c’est loin tout ça ! »

Quand les enseignants ne suscitent plus ni passion, ni vocation !

Ultime surprise : les professeurs sont les grands oubliés de ces souvenirs. Entre les bons sujets à bouche close et les bonnets d’âne qui ne revoient que leurs potacheries, personne n’évoque le professeur qui a changé leur vie – pas même ceux qui ont repris le flambeau ! Marie, 33 ans, qui enseigne aujourd’hui la littérature, raconte que ce sont les lectures qui l’ont marquée, « pas les professeurs. » Et si Louise, 65 ans, a bien « eu un coup de foudre en 6ème, et c’est pour ça » qu’elle est devenue professeur à son tour, il s’agissait d’un coup de foudre… pour l’anglais.

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