Mariana Borsan, une enseignante roumaine qui défend la francophonie

Lutte et passion : c’est sous ce double sceau qu’est placée l’histoire de Mariana Borsan avec la langue française. Une histoire qui épouse celle de sa Roumanie natale. Portrait de cette enseignante, infatigable francophile.

Enfant du communisme, Mariana Borsan, 54 ans, découvre, avant la langue, la culture de l’Hexagone, « à travers les Misérables, Flaubert, Balzac. Cela m’a tellement plu que mes parents m’ont offert des cours particuliers », raconte-t-elle dans son appartement bucarestois, avec vue imprenable sur le Palais du Parlement.

Mais quand elle entre au collège, en 1966, c’est le russe qui est imposé, la logique politique l’emportant sur la longue tradition francophone du pays. Sauf que les parents d’élèves s’y opposent fermement et exigent que le français soit enseigné. Un comportement osé, mais qui paye. La jeune fille apprend alors « un français très XIXème siècle, je peux encore conjuguer des verbes à des modes qui ne sont plus utilisés », sourit-elle ; définitivement conquise, elle décide à son tour d’embrasser la voie du professorat pour « travailler avec les enfants et faire partager mon amour de cette langue. »

Mais là encore, il va falloir lutter, contre ses parents cette fois, qui rêvent pour elle d’une carrière dans le commerce extérieur, synonyme de réussite dans la Roumanie de Ceausescu. « J’avais dû faire une filière scientifique. Pour la fac, j’ai passé un accord, je tentais le concours des langues étrangères. Si je le ratais, je faisais ce qu’ils voulaient, eux. Ils pensaient que je ne l’aurais pas, faute de préparation », s’amuse Mariana. Seulement la jeune fille a suivi des cours particuliers, le matin « entre 7h et 8h », et est reçue parmi les premières à l’Université de Iasi.

Après quatre ans de « vie de Bohême », elle décroche un poste à Targu Neamt (nord), puis prend le chemin de Bucarest. Avec toujours cette envie de transmettre chevillée au corps. « Je n’avais pas de poste définitif, je faisais des remplacements, j’enseignais dans les maisons de « pioneri1 ». Il fallait composer avec le système communiste… Les manuels par exemple ne parlaient que de coopérative, de l’homme nouveau, n’avaient aucun lien avec la langue française, son esprit. On n’avait pas de contacts avec des étrangers ni accès à des médias français, à part la revue Pif, qui passait de main en main comme la Bible au Moyen-Age. Et aller en France était une espèce de rêve inaccessible… » Jusqu’en 1989 et l’effondrement de la dictature. Elle fait alors ses premiers voyages en France, où elle effectue des stages de formation pédagogique.

De nombreux projets pour défendre la langue française

Malgré les faibles salaires, malgré les problèmes endémiques du système éducatif, elle se démène pour continuer à faire rayonner la langue française, dont l’étoile a un peu pâli face à la déferlante anglophone. Un peu seulement, car la tradition francophone reste vivace, et près de 42% des élèves roumains (2 millions) apprennent le français. « Aujourd’hui, l’anglais ne suffit pas. Tout le monde l’apprend, via la télé, les films, la musique. Il faut parler deux langues étrangères en plus. Et le français est un vrai atout pour la vie professionnelle », s’enflamme Mariana.

Dans son école, la langue de Molière est même reine, enseignée de façon intensive, et les élèves peuvent passer le DELF2 gratuitement. Infatigable, la très dynamique quinquagénaire multiplie les projets : correspondance avec une école du Mans en France, échange linguistico-artistique avec des partenaires européens, voyages scolaires, rédaction d’un roman…

Marion Guyonvarch

(1) Diplôme d’études en langue française.
(2) Pionnier : membre des jeunesses communistes

Mariana Borsan en cinq dates

1955 : Naissance en Bucovine, dans le nord de la Roumanie
1974 : entrée à la faculté de langues étrangères de Iasi
1978 : Premier poste à Targu Neamt
1979 : rejoint son mari à Bucarest, où elle enchaîne les remplacements
1990 : au lendemain de la révolution, elle est titularisée à Rahova, où elle enseigne toujours

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