Gilles Baillat : L’Education comme la Santé

Directeur de l’IUFM Champagne-Ardenne, Gilles Baillat vient de succéder à Patrick Baranger à la présidence de la Conférence des directeurs d’IUFM (CDIUFM).

Dans quel état d’esprit prenez-vous vos fonctions ?

A l’image de ce que ressent l’ensemble du monde universitaire, mon état d’esprit bascule entre l’espoir et l’inquiétude. Espoir que les travaux menés récemment sur la formation des enseignants, avec les présidents d’université et les doyens de lettres et de sciences, permettent de mener à bien une réforme que nous souhaitons, mais qui doit, aujourd’hui, être modifiée pour mieux préserver la formation professionnelle. Inquiétude, vis-à-vis d’un processus déjà très engagé : le nouveau ministre a repris les rails de son prédécesseur et n’a pas encore eu de geste* qui permettrait d’apaiser les craintes de la communauté universitaire.

Les hasards de la géographie font que vous connaissez Luc Chatel. Qu’attendez-vous de lui ?

J’ai effectivement eu l’occasion de le rencontrer à plusieurs reprises, puisqu’il est maire de Chaumont. J’en espère la confirmation de l’impression qu’il m’a donnée à chaque fois, celle d’un homme très à l’écoute, qui essaie de comprendre et d’identifier les enjeux des situations. Je pense par ailleurs qu’il se montrera attentif à l’avenir des petits centres de formation, puisque sa commune en accueille un. J’attends donc qu’il fasse preuve d’un esprit d’ouverture pour lui permettre d’entendre nos objections, non comme l’expression d’un refus de la réforme, mais comme la volonté de bonifier cette réforme et de faire en sorte qu’elle fonctionne.

Qu’est-ce qui ne vous satisfait pas dans la réforme telle qu’elle est annoncée et engagée ?

Ce qui nous déplait, ce n’est pas l’objectif de la masterisation, pour lequel nous sommes tout à fait au diapason de la réforme gouvernementale, que nous avons souhaitée et soutenue. Mais certaines des modalités de sa conduite ne nous conviennent pas. Dans l’état actuel des choses, les masters devraient avoir cinq dimensions : les études de master proprement dites, la préparation des concours de recrutement, la construction de compétences professionnelles pour les étudiants, la recherche, et la réorientation pour les étudiants qui ne seront pas admis au concours. Les masters nous paraissent donc être des barques beaucoup trop chargées. C’est la question essentielle. Un autre point fondamental réside dans le calendrier de l’admissibilité au concours pour les enseignants.

Qu’est-ce qui constituerait, pour vous, une bonne réforme ?

Sur ce dernier point, nous souhaitons que l’admissibilité se décide dès la fin de la première année de master. Pour le reste, nous aimerions que la recherche en Education soit davantage prise en compte. Pourquoi ne pas envisager que l’enseignement bénéficie au sein de l’université du même statut et des ressources que l’on donne au secteur de la Santé ? Car personne ne conteste aujourd’hui qu’un médecin doit, pour être formé, suivre des cours magistraux, avoir de la pratique clinique et bénéficier de la recherche en médecine. Nous souhaitons pouvoir nous appuyer sur trois piliers comparables. Il y a place aujourd’hui pour l’émergence d’un véritable secteur de l’enseignement, qui bénéficierait de toutes les attentions de la collectivité publique, à la fois en termes de financement, mais aussi de considération. Enfin, pour permettre une diversité dans le recrutement des futurs professeurs, la réforme doit mieux prendre en considération les problèmes sociaux que va entraîner la suppression du statut de fonctionnaire stagiaire. Des bourses ont certes été instituées, mais elles sont insuffisantes.

Ne craignez-vous pas d’être le dernier président de la CDIUFM ?

C’est une possibilité. Je vais bien sûr faire tout ce que je peux pour ne pas endosser ce rôle. Mais il est quand même vraisemblable que les structures des 32 IUFM que je représente pourront et devront évoluer au sein du paysage universitaire. Je ne m’interroge donc pas tant sur leur pérennité que sur leur transformation. En tant que président, je serai tout à fait satisfait si ces évolutions se font en bon ordre et préservent, au sein de l’université, des structures dédiées à la formation des enseignants.

        Propos recueillis par Patrick Lallemant

*Interview réalisée le mardi 7 juillet

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