Charlotte Normand, une écolo qui se rit des clichés

La comédienne Charlotte Normand a choisi de casser les idées reçues sur l'écologie au moyen du rire. Si le ton de son "one-woman show" est léger, voire provocant, la dimension éducative est aussi bien présente.

Vous abordez la question de l’écologie avec beaucoup d’humour et d’auto-dérision. Un choix étonnant pour un sujet de plus en plus pris au sérieux…

Je trouvais que le mode théâtral et humoristique était un moyen de faire passer des choses sans culpabiliser les gens. L’humour me permet de dire les choses qu’on n’aurait peut-être pas envie d’entendre si c’était dit sur un mode plus moralisateur. En plus, tourner les choses en dérision ou les caricaturer, ça fait aussi ressortir les absurdités… Cela dit, même si c’est un spectacle humoristique, il y a des soirs où je n’entends pas beaucoup de rires. Certains rient franchement, et d’autres sourient seulement, parce qu’ils reçoivent des informations en même temps. Des informations scientifiquement vérifiées et pas toujours bien connues, sur les OGM par exemple. Mais j’ai beau être « verte », je ne suis pas pour autant une activiste ! J’essaie avant tout de faire en sorte que le public s’amuse – et moi aussi. Je fais des actes écolos parce que j’y crois, pas pour le dire dans un spectacle ! Je m’intéresse à une multitude de sujets.

Pour votre premier spectacle solo, vous avez pourtant choisi un thème qui vous tient à coeur…

J’ai fait dix ans de théâtre dans divers troupes et ateliers, et j’ai toujours écrit. De ces deux passions est née l’envie d’écrire un spectacle, et de le jouer sur scène. Après, le thème de l’écologie découle quand même de mes convictions personnelles. C’est notamment pour ça que depuis janvier, j’ai repensé tout le spectacle avec le metteur en scène Francisco Cuhna, pour qu’il m’aide à exprimer plus exactement ce que je ressentais. Je joue ce spectacle depuis deux ans et il a toujours compté de nombreux personnages (ndlr: professeur de biologie, clown, marin-pêcheur, mamie alsacienne, infirmière lubrique… une dizaine en tout.) Mais maintenant le personnage central, qui fait les transitions, me correspond davantage. Le ton est plus direct, plus authentique. Et cette version du spectacle évoluera encore. J’ai aussi cherché à me moquer de ceux qui caricaturent les écolos – on devrait avoir dépassé la question de fond « un écolo, c’est quoi ? » N’importe qui pourrait, n’importe qui devrait être écologiste. Un écolo ça n’est pas forcément un mec en chemise à fleurs avec des chèvres !

Mais être « verte » ne vous empêche pas d’avoir des projets sans lien avec l’écologie.

C’est vrai. Déjà, c’est le théâtre pour l’instant, mais j’ai aussi des projets d’écriture tournés vers le roman ou l’essai. Je ne perds pas non plus de vue le cinéma… Le théâtre, c’était pour moi un moyen direct d’exprimer les choses, notamment au niveau de l’écologie. Et je pense que l’écologie risque d’imprégner en partie toute ma production future. Mais ce serait dommage de se limiter à un seul thème.

Pour intégrer l’écologie plus naturellement dans la vie des gens, pensez-vous que l’éducation est primordiale ?

Je ne me permets pas de dire « l’éducation devrait être comme ci ou comme ça », parce que je connais des professeurs, mais pas forcément les programmes. J’espère juste que ces préoccupations sont plus présentes, car la prise de conscience est beaucoup trop lente par rapport à l’urgence de la situation. Des lacs s’assèchent, les banquises fondent… malgré ça, dans la société occidentale on est encore complètement « à l’ouest » ! En ce qui me concerne, il y a une certaine pédagogie dans mon spectacle, puisque le but était aussi d’éduquer les adultes sur le sujet. Et j’ai déjà eu une bonne expérience avec une colonie. Il y aurait tout à fait moyen d’organiser des séances scolaires avec des ados ou préados, et pourquoi pas de faire suivre le spectacle d’un mini-débat… Les conférences ne sont pas toutes barbantes ! Puisque j’aborde parfois un peu crûment ce qui peut toucher les adolescents, ça permet de leur montrer que tout est lié, que l’écologie fait partie de nos vies. C’est un peu le double discours de mon personnage de la prof de bio. Je pense qu’on a tous eu des professeurs comme ça – pleins de bon sens et motivés, mais qui en même temps n’arrivent pas à communiquer. En tout cas cette prof sent bien qu’à cet âge-là, les questions de sexe, par exemple, pourraient réveiller ses élèves. C’est pour ça qu’elle se lance sur le thème de la reproduction des animaux. Avec mes sketchs, je peux donc me permettre une autre approche de la question, mais ça pourrait tout à fait être un complément à l’enseignement traditionnel.

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