Au Québec, 28.000 jeunes quittent l’école chaque année, et 1 Québécois sur 3 quitte le système scolaire avant d’obtenir le moindre diplôme. Cette situation n’est pas toute récente, mais la publication d’un rapport en mars dernier sur la réussite scolaire lui accorde les gros titres. Des réflexions sont lancées, et un sondage de l’institut d’enquêtes Angus Reid lance une belle controverse sur la motivation.

Le sondage a été réalisé en juin, auprès de 800 Québécois, dont certains n’ayant pas de relation directe avec l’éducation (pas d’enfant scolarisé dans le foyer). Les résultats : près de 50% des sondés seraient favorables à « l’octroi d’incitatifs financiers » aux lycéens en voie de décrochage pour qu’ils regagnent leurs classes. Aussi bien chez les parents d’élèves, que les autres ! On peut aussi considérer qu’à l’inverse, environ 50% des sondés sont opposés à la mesure… ce qui ne rend le débat que plus intéressant.

Le postulat semblait ridicule. Mais finalement, le sujet déchaîne les passions. Pourtant, les dérives à attendre d’un tel dispositif semblent évidentes. Pourquoi n’importe quel élève n’irait-il pas créer une situation d’échec scolaire temporaire, le temps d’obtenir une petite motivation pécuniaire ? Car après tout, il s’agirait de « récompenser » financièrement les décrocheurs… Ne serait-il pas plus motivant (/juste?) de créer une gamme de prix scolaires avec récompenses à la clé, pour les élèves brillants ou méritants ?

Toronto, capitale du Canada, n’a pas attendu la publication de ces résultats pour décider de payer les élèves qui habitaient dans un quartier défavorisé. « Les résultats sont spectaculaires. Le taux de décrochage des élèves est passé de 56 pour cent à 10 pour cent, » annonce LCN1. Mais quelle sorte d’enfant résisterait à plus d’argent de poche… Peut-être que certains de ces élèves décrocheront simplement plus tard, si l’enseignement général ne leur convenait pas pour de bonnes raisons. Peut-être qu’ils regretteront alors de ne pas avoir tenté une filière plus spécialisée, ou plus professionnalisante. Une domination malsaine des études « traditionnelles » apparaît comme un autre risque.

Toutefois, venir en aide à quelques élèves dans le besoin, et imaginer des primes à la reprise scolaire dans toute une province, sont deux choses bien différentes. En plus d’un signe d’échec de la politique éducative québécoise, certains Canadiens voient aussi dans les résultats de leur sondage provincial le renoncement des parents. Après tout, si le principe marche, rien ne les empêche de motiver directement leurs enfants rebelles en espèces sonnantes et trébuchantes… au lieu de chercher à confier le sale boulot à l’Etat !

1) Le Canal Nouvelles (LCN) est une chaîne télévisée d’information continue francophone, diffusée au Québec.