Deux économistes américains, l’un d’Harvard et l’autre de l’Université du Texas, ont co-réalisé une étude sur l’impact prétendument néfaste du piratage de contenu sur Internet. Alors qu’il a effectivement causé une « rupture avec les modèles économiques traditionnels », le partage de fichiers n’a pas vraiment mis à mal les industries du disque, du livre, du cinéma… On assiste plutôt à un changement dans les habitudes de consommation, et à un « déplacement des ventes ».

Par exemple, si un jeune écoute un mp3 piraté sur son iPod et que la musique lui plaît, il risque fortement de passer à la caisse pour acquérir l’album complet. Le cinéphile hésitant peut aussi chercher à revoir sur grand écran un film qu’il aura découvert en streaming – comme s’il avait visionné une bande-annonce, au lieu de commettre un délit ! Il y a bien des ventes perdues de dvds ou de cds, au profit des formats libres divx et mp3. Mais ces pertes sont largement compensées par une plus grande affluence dans les salles de cinéma, ou encore aux concerts… Le marché reste équilibré.

Les éditeurs de contenu culturel mentent donc à chaque fois qu’ils proclament que « chaque copie piratée est une vente de perdue ». Cet argument leur avait servi à diaboliser le téléchargement et augmenter leurs prix… La plupart des internautes blâmés étaient juste touchés par une bien légitime curiosité-avant-d’acheter. Internet, qui n’est finalement qu’une immense bibliothèque libre, n’a toujours pas provoqué la mort du livre. Le numérique ne devrait pas davantage faire disparaître les cds et les cinémas… Bien au contraire ! Toujours d’après l’étude, les chiffres de la production artistique explosent. Entre 2002 et 2007, l’édition de livres s’est accrue de 66%. Pareillement, « depuis 2000, la production annuelle de nouveaux albums a plus que doublé, et la production mondiale de films grand public a augmenté de 30% depuis 2003. »

Si les éditeurs ne sont pas plus frileux, c’est qu’en réalité les ventes suivent toujours. « La diminution de la protection du copyright a apparemment profité à la société », notent les deux spécialistes. « Alors que le copyright s’affaiblit, le prix de la musique, des films et des livres chute et le consommateur est plus disposé à payer pour des compléments [commerciaux]. Si les artistes tirent leurs revenus de ces compléments, alors il n’est pas évident du tout que leur motivation créatrice décline ». Dans ces conditions, pourquoi dire non au libre partage ? Les prix chutent mais les ventes grimpent, et les artistes sont toujours aussi productifs… Quant au consommateur, Internet lui permet donc de goûter avant de faire son marché – aussi bien en Amérique qu’en France. Tiens, à ceci près qu’elle est illégale, on dirait tout à fait une nouvelle forme de publicité ! Les éditeurs devraient songer, paradoxalement, à favoriser le piratage.

Mais qui nous dit que ce n’est pas déjà le cas : après tout, la meilleure façon d’encourager une pratique reste encore de l’interdire !